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Art Préhistorique > la Vénus de Laussel ou Vénus à la corne
Vénus de Laussel - Femme à la corne

Vénus à la corne - Laussel

Venus de LausselLieu
La Vénus fut découverte en 1911 sur le site archéologique de Laussel, dans la commune de Marquay, en Dordogne. Elle a été trouvée sur un gros bloc de calcaire mis au jour dans une séquence stratigraphique importante, explorée sous un long surplomb rocheux dominant la vallée de la Beune, dans la région des Eyzies. Elle fait partie d'un ensemble de blocs calcaires sculptés de figurations humaines et découverts dans le même site.
La roche a été sciée pour détacher la représentation du bloc de calcaire dans lequel elle était sculptée. Elle est maintenant présentée au Musée d'Aquitaine à Bordeaux, dans les salles consacrées à la Préhistoire.

Dossier Art préhistorique
- Explication de l'art préhistorique.
- Art pariétal - chronologie.
- Techniques utilisées - art pariétal
- Représentations - art pariétal
- Les signes géométriques, introduction
- Les tectiformes
- Les mains dans la préhistoire
- Outils, armes et parure
- Les Vénus dans la Préhistoire
- Art rupestre
- La grotte Chauvet
- La grotte Cosquer

 

Découverte et datation
La Vénus de Laussel fait partie d'un ensemble de blocs calcaires gravés retrouvés dans l'abri de Laussel lors des fouilles du Docteur Lalanne en 1911. Il n'est pas possible de savoir si les blocs étaient déjà gravés avant qu'ils ne se détachent de la paroi. En particulier, la localisation des découvertes et leur localisation dans la stratigraphie sont rarement documentées. C'est également le cas pour l'abri de Laussel où le manque d'informations ne permet pas de dater précisément la sculpture. Selon certains documents il apparaût que le bloc de la vénus était enfoncé pour 1/ 3 dans la couche gravettienne, ce qui donne une datation comprise entre -22 et -27 000 ans au Gravettien.
Dans la région des Eyzies-de-Tayac on peut également voir les sculptures du Cap Blanc et celle de l'abri du poisson.
Plan du gisement de Laussel
Emplacement de la venus à la Corne Vénus à la corne de Laussel

A propos de la Vénus à la corne, l'abbé Breuil écrit dans l'Age de Pierre - Quatre Millénaires d'Art Pariétal :
La célèbre Vénus de Laussel est l'une des plus belles effigies féminines de l'art quaternaire ; la sculpture décorait un gros bloc au fond de l'abri. Scié, il a été transporté dans un musée. Comme sur toutes les représentations féminines aurignaco-périgordiennes, les seins sont très développés et les hanches larges. La femme tient à la main une corne de bison ornée d'entailles ; sa main gauche repose sur son ventre. Tourné vers la corne, le visage est rond et frustre ; simplement esquissés, les cheveux retombent sur une épaule. La facture est soignée et l'effigie se détache en relief sur la pierre-support. Des traces d'ocre laissent supposer que la statue était peinte en rouge comme beaucoup d'effigies féminines datant du Périgordien.

Venus à la corne Venus à la corne 3/4 face Vénus à la corne de profil
Vénus à la Corne
Musée d'Aquitaine - Bordeaux

Description
La représentation est gravée sur un bloc de calcaire mesurant 54 cm de haut sur 36 cm de large, la Vénus, elle, ne mesure que 42 cm de hauteur.
Elle est gravée en bas-relief, c'est-à-dire que la figure ne se détache pas complètement de son support ; elle est toutefois assez profondément gravée par rapport à d'autres représentations de l'art pariétal.
La femme est figurée de face, dans une position statique. Comme la majorité des figures féminines paléolithiques, la Femme à la corne présente des formes plus que généreuses : hanches larges, ventre proéminent, seins lourds et tombants. Ces formes peuvent être attribuées, selon les chercheurs, à de l'obésité, une grossesse ou de la stéatopygie (développement important du tissu adipeux pour des causes génétiques).
Si le visage n'est pas dessiné, la chevelure est assez présente (sans détails) et rejetée sur l'épaule droite. C'est l'un des rares cas de l'art préhistorique où les cheveux sont aussi bien identifiables. 
Le bras gauche est relevé. Elle tient dans la main une corne de bison (marqué de 13 stries ou encoches). Le bras et la main droite sont plaqués sur le ventre. Cette attitude pourrait évoquer une maternité. L'ombilic est très marqué.
Les mains sont relativement précises alors que les pieds sont justes suggérés.
Sur le devant de la hanche gauche une incision volontaire a été pratiquée en forme de Y.
Sur la gravure et sur le support on voit encore très clairement des traces rouges qui laissent penser que l'ensemble de la représentation était recouvert d'ocre.

Venus à la corne Venus à la corne détail main
Vénus à la corne (détail)
Traces d'ocre
Vénus à la corne (détail de la main)
Aplats d'ocre

Les hypothèses sur la signification de la Vénus de Laussel
Véritable icône de l'art préhistorique, la Femme à la corne se distingue des autres représentations féminines par de nombreux points. Si les formes « généreuses » de cette vénus ne dénotent pas, on peut en revanche remarquer :
- le soin particulier apporté à la représentation des mains,
- l'existence d'une chevelure atypique,
- le fait, unique, qu'un personnage féminin tienne un objet,
- l'asymétrie du personnage, contrairement aux autres vénus qui sont généralement symétriques sur un axe vertical...
La fameuse « corne » de bison tenue dans la main gauche a beaucoup fait parler d'elle, car c'est un objet peu représenté en art pariétal, mais c'est lui qui donne la seule symbolique visible de la sculpture.
Les préhistoriens et ethnologues ont multiplié les hypothèses pour tenter d'interpréter cette scène paléolithique... Il faut noter que la majeure partie des interprétations fait appel à la notion de chamanisme, de déesse, ou de pratiques magiques...
Aucune de ces théories ne fait l'unanimité chez les chercheurs. Elles sont ici présentées succinctement.

Culte de la fertilité ou de la Déesse mère
Cette hypothèse de l'anthropologue Alexander Marshak s'appuie sur le fait que la corne tenue dans la main serait en fait un croissant de lune dont les treize stries représentent les cycles lunaires dans une année. La Vénus, enceinte, serait dont une sorte de Déesse de la fécondité.

La fécondité
Pour Joseph Campbell (spécialiste des mythologies) les entailles sur la corne peuvent également être interprétées comme les différents cycles menstruels de la femme au cours d'une année. La femme, enceinte, tiendrait en quelque sorte un mode d'emploi pour indiquer les périodes les plus propices à la reproduction.
Le gynécologue obstréticien J.-P. Duhard confirme que les formes multipares et la gestuelle de la Vénus (la main en protection sur le ventre) sont caractéristiques de la femme enceinte. A propos de la corne  le chercheur y voit un calendrier obstétrical.

La corne d'abondance
La corne de bison pourrait être interprétée comme une corne d'abondance, symbole de richesse, de nourriture... La sculpture viserait donc à entretenir ou retrouver l'abondance de vivres pour le clan. Cette hypothèse a été développée par l'archéologue Waldemar Deonna la première fois.

La chasse
La Femme à la corne pourrait être une sorte de Diane chasseresse préhistorique. Cette « déesse de la chasse » tiendrait donc un objet magique (la corne) dont les 13 stries pourraient être le nombre de proies tuées grâce à l'action magique de la déesse. Cette même théorie permettrait d'interpréter les différentes sculptures de Laussel comme une sorte de bande dessinée racontant une histoire de chasse ou montrant comment chasser. Cette hypothèse a été formulée initialement par le préhistorien S. Zamiatnine.  

La corne comme récipient

La corne de bison serait tout simplement une sorte de récipient permettant de boire un liquide. Associé aux formes pulpeuses de la Vénus cela indiquerait, selon les chercheurs M. Hoernes et O. Menghin, que le liquide est fermenté (!). La Femme à la corne serait donc une sorte de chamane ayant consommé des substances psychotropiques afin d'accéder à des stades de conscience alternatifs.

L'instrument de musique
La corne pourrait être interprétée comme un instrument de musique (ou de sons), soit en soufflant dedans, soit en raclant les stries de la corne avec un morceau de bois ou d'os. Cette dernière possibilité rapproche la corne striée des racloirs musicaux paléolithiques, ou des idiophones. Cette hypothèse a le mérite de la simplicité et ne fait pas appel à la sorcellerie ou au chamanisme. Elle a été développée par le préhistorien D. Huyge.

Sans pouvoir donner une explication satisfaisante, il faut se rappeler qu'initialement la Vénus était recouverte d'ocre rouge. Elle devait donc se remarquer de loin et agir comme un signal, une alerte... La couleur rouge évoquant le plus souvent le sang, une blessure ou les menstruations, c'était peut-être une sorte de panneau indicateur d'un danger ou d'un lieu spécifique.

CR

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    Mise en ligne le 01/09/2013





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