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Nouvelles études de l'ADN des sédiments de la grotte de Baishiya au Tibet (31/12/20)

ADN et outils de l’Homme de Denisova au Tibet

Au début un simple décryptage d’ADN dans une dent découverte en Sibérie, l’Homme de Denisova (Homo atlantenensis)  prend « corps » avec une mâchoire (la mandibule de Xiahe) et des outils.


De la Sibérie au Tibet
En 2010, cherchant à déterminer si un morceau de phalange appartenait génétiquement à un Homo sapiens ou à un néandertalien, les chercheurs ont une surprise. En effet la dent trouvée dans la grotte de Denisova en Sibérie ne correspondait à aucune des deux espèces ! L’homme de Denisova était né ou plutôt trouvé ! Les fouilles dans la cavité ont ensuite permis d’exhumer d’autres restes, trois molaires et un morceau de boite crânienne. Pour la partie Sibérienne il n’y a pas de nouveaux éléments…
En 2019 c’est en Chine que le Denisova fait à nouveau surface. Une moitié de mandibule est découverte au Nord Est du plateau tibétain dans la grotte de . C’est une équipe dirigée par les paléoanthropologues Jean-Jacques Hublin et Dongju Zhang qui démontre par l’analyse des protéines identifiées dans la mandibule que cette dernière appartenait probablement à un Dénisovien. Probablement car la méthode n’est pas garantie à 100%. Les chercheurs voulaient donc valider et confirmer leur étude car cet ossement Dénisovien chinois est pour le moins exceptionnel à plus de 2800 kilomètres au sud de Denisova (Sibérie).
Photo : Prélèvements dans la grotte de Baishiya à la recherche de l'ADN de l'homme de Denisova Yuanyuan Han, D. Zhang/Lanzhou Univ.

Des sédiments passés au crible !

Une nouvelle équipe dirigée par Dongju Zhang, a décidé de reprendre l’étude des sédiments de la grotte de Baishiya pour essayer d’y retrouver de l’ADN Dénisovien. Ils ont utilisé une méthode développée en 2017 par l’Institut d’Anthropologie évolutionniste Max Planck qui permet d’extraire des traces d’ADN de couches stratigraphiques d’un gisement ou d’une grotte. Après avoir nettoyé les fragments de toute contamination postérieure au dépôt ils ont pu rapprocher le génome de Baishiya de ceux des néandertaliens, des sapiens et des Dénisovien. Les résultats confirment que les sédiments de la grotte ont bien gardé des traces génétiques du passage des Dénisoviens.

La mandibule Xiahe, uniquement représentée par sa moitié droite, a été retrouvée en 1980 dans la grotte Baishiya Karst. (Crédit photo: Dongju Zhang, Université de Lanzhou)

Présence de Denisova entre - 100 000 et - 45 000 ans
En replaçant les brins d’ADN dans les strates les chercheurs ont pu reconstituer la chronologie des occupations denisoviennes dans la grotte de Baishiya. Ces hominidés sont passées par Baishiya à plusieurs reprises entre -100 000 et -45 000 ans.
A ces points de passages les scientifiques rajoutent la datation de la mandibule à – 160 000 ans.  En effet la calcite sur la mandibule de Xiahe a pu être estimée par la méthode Uranium-Thorium à cette période.
Les fouilles dans la stratigraphie ont également délivrés des outils de pierre et des restes osseux de faune donnant ainsi des informations sur le mode de vie et la culture des Dénisoviens.

Photo : Xinhua News Agency/Li Jie

Des Denisoviens adaptés
Cette présence régulière des Dénisoviens est à mettre en parallèle avec l’altitude à laquelle est située la grotte de Baishiya qui se trouve à 3280 mètres.  
Pour que ces premiers hommes parcourent régulièrement le plateau tibétain entre -160 000 et -45 000 ans ils devaient être parfaitement adaptés à vivre en haute altitude sans en supporter les maux (gêne respiratoire, maux de tête, nausées…). Les généticiens ont pu établir que, comme les habitants actuels du Tibet, les Denisoviens avaient une mutation du gène EPAS1 qui augmente la résistance au manque d’oxygène. Ils sont probablement légués cette variante aux tibétains lors de mixage de population.

Pour le Dr. Charles Perreault (Institute of Human Origins and the School of Human Evolution and Social Change at Arizona State University, qui a pris part aux études génétiques de la grotte : «Les futures études dans la grotte de Baishiya pourront nous donner un accès unique au comportement des Denisoviens  qui, comme les Néandertaliens, n'étaient pas de simples ramifications de l'arbre généalogique humain - ils faisaient partie de ces populations aujourd'hui disparues qui ont contribué au pool génétique humain actuel et façonné l'évolution de notre espèce d'une manière que nous commençons à peine à entrevoir ».

La grotte fait face au sud-est et à environ 40 mètres au-dessus du lit moderne de la rivière Jiangla, situé en face de celle-ci. C'est à la fois une grotte bouddhiste célèbre localement et un lieu touristique célèbre. (Crédit photo: Dongju Zhang, Université de Lanzhou)


Source :
Denisovan DNA in Late Pleistocene sediments from Baishiya Karst Cave on the Tibetan Plateau
Science


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