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Une représentation naturaliste gravée à l'azilien il y a 12 000 ans ... (07/06/19)

Les chasseurs-collecteurs de la fin du Paléolithique dessinaient déjà à Angoulême
Communiqué INRAP

Lors de fouilles réalisées dans le quartier de la gare d’Angoulême, les archéologues de l’Inrap ont exhumé une plaquette de grès sur lequel figurent un cheval et quatre autres herbivores, associés à un décor géométrique. Ces motifs « naturalistes » découverts sur un site de chasse de l’Azilien récent (-12 000 ans) sont exceptionnels dans le contexte de la production artistique azilienne, caractérisée par des formes géométriques abstraites.

Ces recherches sur prescription de la DRAC Nouvelle-Aquitaine ont déjà révélé trois occupations préhistoriques, datées du Paléolithique final au Mésolithique.

Dessins du bloc de grès gravé d'Angoulême - Valérie Feruglio, Inrap

Chevaux, cerf et aurochs
La plaquette présente des gravures sur ses deux faces et associe motifs géométriques et figuratifs. Elle est en grès siliceux d’origine locale et mesure 25 cm de long, 18 cm de large pour environ 3 cm d’épaisseur. Une partie du support a été volontairement emportée par une cassure. Des incisions parallèles occupent ses deux bords, il s’agit de décors géométriques typiques de l’Azilien récent. Ceux-ci laissent une place centrale à une silhouette, probablement un aurochs.
La gravure la plus visible, celle d’un cheval acéphale tourné vers la droite, occupe la moitié de la surface. La croupe et l’ensellure suivent les courbes du bord naturel de la pierre. De très fines incisions suggèrent peut-être le pelage. Les quatre jambes sont figurées, mais seuls trois sabots sont représentés (le postérieur droit est manquant). Jambes et sabots sont très réalistes, avec jarret, genou, boulet et peut-être fanon de l’ergot pour un des antérieurs. Les jambes du second plan sont avancées dans la position de l’amble et détachées du corps de l’animal pour figurer la perspective. Les motifs géométriques se superposent à ce cheval.
Deux autres animaux, plus petits, sont aussi plus légèrement incisés : un probable cervidé acéphale et un cheval quasi complet mais représenté dans un style plus schématique.
Sur l’autre face, les traits incisés sont particulièrement fins, laissant deviner la moitié postérieure d’un cheval.


Bloc de grès gravé d'Angoulême de datation azilienne (- 12 000 ans) Denis Gliksman - Inrap

Relevé du bloc de grès gravé d'Angoulême - Dessin Valérie Feruglio, Inrap

Un art figuratif inattendu
L’art azilien est souvent considéré comme ayant marqué une rupture : l’abandon du figuratif au profit de l’abstraction. Tout récemment, le site azilien ancien du Rocher de l’Impératrice (Plougastel-Daoulas, vers - 14 000 ans) avait déjà révélé une étonnante continuité iconographique avec les périodes antérieures (le Magdalénien notamment). Contre toute attente, le motif aux cinq herbivores d’Angoulême constitue désormais le témoignage unique de cet art naturaliste à une période encore plus tardive, l’Azilien récent (-12 000 ans).
L’art mobilier d’Angoulême et celui de Plougastel-Daoulas partagent donc des traits communs dont le traitement de la perspective des membres des chevaux. Le galet gravé d’Angoulême montre la continuité de cette expression artistique figurative naturaliste juste avant l’apparition de nouveaux codes graphiques imposés par une nouvelle culture.
L’étude de cet objet d’art en est à ses débuts et les recherches engagées apporteront de nouvelles informations sur ce document, sa datation précise et ses interprétations.
Détail d'un motif géographique - Bloc de grès gravé d'Angoulême - Denis Gliksman - Inrap

Il y a 14 000 ans : le site azilien récent d’Angoulême
Le site préhistorique d’Angoulême est un « site de chasse » azilien, comme en témoigne l’outillage domestique qu'on y a découvert, dédié au traitement et à la consommation de carcasses (grattoirs, pièces retouchées, etc.).  Le niveau d’occupation s’étend sur toute l’emprise fouillée, sur une épaisseur comprise entre 40 et 80 cm. Sur le terrain, des aménagements ont été exhumés, notamment quatre structures de combustion (foyers), des concentrations de galets chauffés, des restes osseux (faune) et un poste de taille du silex. Il semble que l’objectif premier de ces tailleurs était de fabriquer des pointes de projectile. Nombre de « pointes à dos courbe » présentent des traces d’impact et de fractures témoignant de leur utilisation. Parallèlement, la faune est relativement bien conservée, notamment des bois et métapodes de cervidés.


Sources
INRAP



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