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De outils découverts à Dmanisi. Qui en est l'auteur... Homo erectus ? (10/06/11)

Artéfacts de 1,85 millions d'années dans le Caucase : Homo erectus ?

Décrite le 6 juin 2011 sur le site Proceedings of the National Academy of Sciences, la récente découverte, dans le Caucase, des plus vieux outils de pierre d'Eurasie (1,85 millions d'années) pose la question de l'arrivée du genre Homo sur place : quelle espèce (pré)humaine, et quand...?

La découverte
L'équipe dirigée par Reid Ferring, anthropologue à l'Université du Texas à Denton, et David Lordkipanidze, du Muséum national de Géorgie, menant des fouilles sur le site déjà connu de Dmanisi, dans le Caucase, en Géorgie, a mis au jour plusieurs dizaines d'éclats de pierre — débris de taille d'outils — dans des sédiments vieux de presque 1,85 millions d'années.

Une occupation durable

Loin d'être concentrés dans une seule couche de terrain, ce qui aurait indiqué une occupation temporaire, les artéfacts sont répartis sur plusieurs strates, suggérant une installation à long terme allant de 1,85 à 1,77 millions d'années BP.
« Ceci est vraiment suggestif d'une population régionale durable, s'étant adaptée avec succès à l'environnement tempéré du sud du Caucase », confirme Wil Roebroeks, archéologue à l'Université de Leiden (Pays-Bas).

Une identité incertaine
Les fragments osseux fossilisés trouvés dans les mêmes couches sédimentaires que les outils sont trop altérés pour identifier quelque espèce que ce soit. Des sédiments un peu plus récents de ce même site avaient précédemment livré des crânes fossiles datant d'il y a 1,77 Ma, avec un volume cérébral de 600 à 775 cm3, loin des 900 cm3 attribués généralement à Homo erectus, pourtant censé être le premier colonisateur de l'Eurasie. « Beaucoup de gens appellent ces fossiles de Dmanisi 'les plus anciens H. erectus', mais il y a encore des débats autour de ceci », admet Ferring, le découvreur des présents outils.

Remises en question
Que ces anciens habitants de Dmanisi aient été ou non d'anciens représentants d'H. erectus, ils posent un problème aux anthropologues, pour lesquels la présence d'hominidés hors d'Afrique il y a 1,85 Ma est une nouveauté : la plus ancienne connue jusqu'alors remontait à 1,7 Ma.
« Les livres d'anthropologie des années 1990 montrent souvent des cartes avec de grandes flèches indiquant la migration d'H. erectus depuis son supposé foyer est-africain vers le reste de l'Ancien Monde », observe Wil Roebroeks. Jusqu'à présent, en effet, la plupart des paléoanthropologues pensaient qu'Homo erectus avait évolué en Afrique entre 1,78 et 1,65 Ma BP, quittant alors son berceau africain pour se répandre en Europe et en Asie. Problème : les éclats caucasiens sont plus anciens !

Nouveau scenario, nouvelles réserves...
Selon l'équipe de Ferring, la présence d'artisans si tôt aux limites de l'Europe et de l'Asie suggère que cette région, plutôt que l'Afrique, pourrait avoir été le véritable lieu de naissance évolutif d'Erectus : quelques-uns des ancêtres - africains - de cette espèce auraient voyagé jusqu'à l'Asie et peut-être l'Europe, y évoluant en H. erectus avant de retourner vers le continent Noir. Une route à double sens de circulation...
Le Pr Roebroeks - qui avait lui aussi suggéré, dès 2005, qu'erectus aurait pu émerger en Asie, à partir d'un pré-humain jusqu'à présent inconnu - nuance cependant : « 'possible' n'est pas équivalent à 'observable', mais la découverte de Dmanissi nous a obligés à avoir un regard neuf sur certaines de nos hypothèses de base ».
Richard Potts, du Smithsonian's National Museum of Natural History, souligne l'absence de fossile pour attribuer les outils à une espèce, connue ou non. Tandis que Michael D. Petraglia, de l'Université d'Oxford, commente : " ces outils représentent le cas le plus ancien et le mieux documenté de présence, en Eurasie, d'anciennes formes humaines (...), qui ont probablement migré hors d'Afrique il y a au moins 1, 85 Ma ». Mais il estime que les auteurs, avec leur hypothèse d'une migration-retour vers l'Afrique, s'aventurent « sur un terrain bien moins solide ».

Quelles motivations à ces déplacements ?
« Mon intuition est que ces migrations sont liées à l'augmentation du régime carnivore, à une soudaine flexibilité leur permettant de vivre partout, en consommant de la viande », ce que ne peuvent faire les végétariens, tributaires des plantes de leur environnement, explique Ferring, qui suggère que ces colons ont quitté l'Afrique en suivant les migrations de leur gibier.
« N'oublions pas qu'à l'époque de ces hominidés (...), il n'y avait pas de panneau indicateur disant 'Ici, vous quittez l'Afrique. Revenez-vite nous rendre visite'... », dit plaisamment Bernard Wood, anthropologue à l'Université George Washington, à Washington DC, traduisant l'idée que ces migrants devaient effectivement avoir d'autres motivations que la conquête de nouveaux continents. Perplexe, il suggère une autre explication : peut-être furent-ils éliminés, en certains endroits, par une épidémie, les individus sains s'étant réfugiés en marge de leur aire de distribution, avant de regagner plus tard les territoires évacués.
De l'avis de tous, en tous cas, d'autres éléments seront nécessaires pour soutenir ou infirmer ces différentes hypothèses, quelles qu'elles soient.

F. Belnet

Sources :
Nature.com,
ScienceNews.org

A lire également :
2007 De nouveaux fossiles à Dmanisi

 



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