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La rencontre des populations néolithique et mésolithique dans les Gorges du Danube (14/02/13)

Transition Mésolithique - Néolithique sur les bords du Danube

Publiant leurs travaux cette semaine dans PNAS, des chercheurs britanniques et américains, à partir de l’étude d’isotopes dentaires sur des défunts enterrés sur les rives du Danube au tournant du Paléolithique et du Néolithique, suggèrent que  les chasseurs-cueilleurs et les premiers fermiers ont cohabité sans heurts dans cette région avant de se mélanger.
 
Lepenski Vir - sépulture - néolithique Serbie

L’étude

Dušan Boric, de l'Université de Cardiff (Royaume-Uni) et T. Douglas Price, de l'Université du Wisconsin à Madison (États-Unis), ont analysé les ratios de différents isotopes dans les dents de 153 squelettes provenant de sépultures localisées sur 9 sites des gorges du Danube, squelettes datés (au radiocarbone) de -13 500 à -7 500 ans - soit une période débutant juste avant le Mésolithique et se terminant au Néolithique ancien. Les résultats suggèrent que, dans cette région ouverte sur le Proche-Orient et à cette période de transition entre Paléolithique et Néolithique, le mixage entre chasseurs-cueilleurs locaux et premiers agriculteurs venus de l’Est s’est fait « en douceur », pacifiquement.
A gauche Sépulture de Lepenski Vir, en Serbie



Une région clé, une époque clé

À l’époque, le long du Danube, dans cette région des Balkans frontalière entre la Roumanie et la Serbie, les peuples mésolithiques - chasseurs-cueilleurs-pêcheurs de la fin du Paléolithique - entretenaient entre eux des relations (comme l’atteste la présence, loin de la Mer Noire, de colliers faits de coquillages issus de cette mer).

Cependant, vers la fin du Mésolithique, sur certains de ces sites apparaissent des éléments de parure, d’architecture et d’art de style distinctivement néolithique (culture des premiers agriculteurs sédentaires) - comme les rochers sculptés de Lepenski Vir, en Serbie, représentant des hommes-poissons

Sur les sites des deux types, les archéologues, depuis les années 1960, ont recensé plus de 500 tombes.

Isotopes et environnement
Dans la nouvelle étude, les chercheurs se sont d’abord penchés sur les quantités de strontium-87 et de strontium-86 présentes dans les dents de ces dépouilles humaines. Issus du milieu naturel local où a grandi un individu, ces isotopes, par le truchement de la nourriture ingérée, s’intègrent à la dentition de l’enfant, et leurs proportions respectives y laissent - à vie - une véritable signature chimique : à chaque zone géographique sa signature.

Il s’avère qu’avant -8 200 ans, tous les défunts étudiés étaient nés sur place, dans le bassin du Danube, mais qu’au-delà de cette date, certains individus - dont le nombre augmente au fil du temps - provenaient d’autres endroits. Y compris dans les sépultures de sites encore mésolithiques.

L’analyse des isotopes d’azote contenus dans les dents et les os de ces non-locaux suggère en outre une alimentation d’origine essentiellement terrestre, alors que les locaux se nourrissaient surtout des poissons du Danube (notamment d’esturgeons) : sans doute ces nouveaux-venus étaient-ils des agriculteurs fraîchement arrivés là, estiment Boric et Price.

Ainsi, à Lepenski Vir, 5 des 19 personnes inhumées entre -8 200 et -7 950 ans étaient des immigrants - ou plutôt des immigrantes, car toutes étaient des femmes.
 
Cohabitation

Pour Boric et Price, ce mélange de sépultures mésolithiques et néolithiques suggère que les deux groupes ont vécu côte à côte pendant au moins 200 ans, jusqu'à ce que la seconde culture supplante la première. « Les communautés de chasseurs-cueilleurs ont été intégrées dans les réseaux sociaux néolithiques [en expansion] au lieu de leur résister. La situation est en grande partie une coexistence pacifique », concluent-ils.

Ce modèle danubien d’interactions entre les deux modes de vie est-il la norme en Europe ? « Je vois ces populations comme un cas isolé », estime plutôt Ron Pinhasi, archéologue à l'Université de Dublin.

Selon son confrère Alex Bentley, de l'Université de Bristol, il est en tout cas « fascinant » de voir ces femmes néolithiques migrer ainsi dans des communautés mésolithiques, des études génétiques antérieures ayant, de leur côté, suggéré à l’inverse l’accueil de femmes issues de clans de chasseurs-cueilleurs dans des clans d’agriculteurs.

F. Belnet

Sources :
news.sciencemag.org

ORCA


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