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Livre - La Déesse et le grain - Alain Testart - éditions érrances

La Déesse et le grain
Trois essais sur les religions néolithiques
Alain Testart



La Déesse et le grain - Alain Testart

Présentation de l'éditeur
Des milliers de statuettes féminines aux formes opulentes et au sexe marqué, la théorie selon laquelle ce furent les femmes qui inventèrent l'agriculture, quelques mythes : tout cela put donner à penser qu'autrefois les femmes dominèrent les hommes. C'est la thèse du matriarcat primitif, thèse fortement critiquée par l'anthropologie sociale car aucune société actuellement connue et observable ne peut être dite "matriarcale". Mais elle garde ses partisans chez certains archéologues et parmi une frange du grand public fascinée par l'idée d'un culte ancien de la "Grande Déesse". Le premier essai ici présenté réexamine cette thèse en s'appuyant sur les plus récentes découvertes du Néolithique proche-oriental, là où se rencontre la plus ancienne agriculture. Les deux autres essais se penchent sur l'importante iconographie fournie par ces premières sociétés. Parmi celle-ci, des représentations de taureaux, ou du moins de bovins : doit-on y voir le culte d'un "dieu-taureau", ou au contraire des animaux sacrifiés ? On trouve aussi quelques représentations de corps sans tête et des crânes surmodelés, qui sont parmi les premières représentations de visages humains : doit-on y voir un "culte des ancêtres", ou des trophées pris aux ennemis ?


Broché: 166 pages
Editeur : Editions Errance (15 juin 2010)
Collection : Hespérides



L'auteur, Alain Testart

Alain Testart est directeur de recherche au CNRS et membre du Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages sur les aborigènes australiens, les chasseurs-cueilleurs, les rites et les croyances, l'esclavage et la monnaie primitive. Il a publié aux éditions Errance : L'Esclave, la Dette et le Pouvoir (2001), Aux origines de la monnaie (2002), La Servitude volontaire (2 tomes, 2004), Eléments de classification des sociétés (2005), Des dons et des dieux (rééd. 2006) et, aux éditions Actes Sud : Eden cannibale (2004).

Sommaire La déesse et le grain

Préface de Jean Guilaine

CHAPITRE 1 - LA "GRANDE DÉESSE" AUJOURD'HUI
L'image de la femme
Prévalence et universalité du symbolisme féminin
Les statuettes néolithiques sont-elles évidemment religieuses?
Cas particuliers et développements régionaux
La Dame aux félins de Çatal Hüyük
La Grande Déesse est-elle à l'origine de l'agriculture?

CHAPITRE II - LE TAUREAU À ÇATAL HÜYÜK
Interprétation symbolique, interprétation religieuse
De la différence entre interprétation en histoire de l'art et interprétation en archéologie
Çatal Hüyük

1. Identification
Du sexe des bovins - et de la différence entre massacre et bucrane
Les figures écartelées: femmes, ours ou léopards?

2. Interprétation symbolique
Principe de polysémie
Tradition iconographique et permanence du sens
(Principe de continuité sémantique)
Note sur les figures féminines de Çatal Hüyük
Encore des figures écartelées: symbolisme et association avec la féminité

3. Interprétation religieuse
Insuffisance générale de l'interprétation symbolique
Principes de l'analyse iconographique: les hiérarchies dans la religion et dans les programmes iconographiques
La position des têtes taurines dans le programme iconographique de Çatal Hüyük
Les figures peintes - cerfs et taureaux
Le taureau comme figure générale du dominé
Principe de vraisemblance ethnographique

4. Interprétation sociale Domestication
Le contexte social

5. Le taureau de Çatal Hüyük dans la longue histoire
Conclusion
Poscriptum au chapitre 2 Les scènes de chasse
Systérnatique des differentes interprétations possibles

CHAPITRE III - DES CRÂNES ET DES VAUTOURS OU LA GUERRE OUBLIÉE

1. Çatal Hüyük: des vautours en peinture Les interprétations de Mellaart
Le symbolisme du vautour
Les vautours peints de Çatal Hüyük: le contexte Quelques détails inaperçus des peintures de Çatal Hüyük

2. Des crânes (sans les corps) Vocabulaire
Tour d'horizon ethnographique - trois thèses comparatives Aucun groupe ne coupe la tête de ses propres morts
Les crânes-trophées pris aux ennemis se distinguent mal des crânes des ancêtres
Couper la tête aux ennemis est une pratique beaucoup plus répandue que celle du prélèvement des crânes en phase secondaire desfunérailles et, probablement, l'englobe

Conclusions provisoires
Difficulté des critères archéo-anthropologiques - et faiblesse des raisonnements classiques
Quelques données archéologiques étranges pour des crânes d'ancêtres

3. Des corps sans les crânes, et de ceux avec un crâne supplémentaire
La question des corps sans tête, et critères archéo-anthropologiques 137 Les corps sans tête du Néolithique proche-oriental s'interprètent-ils tous comme prélèvement funéraire?
Quatre arguments pour le sacrifice Abattage
Et des corps avec une tête supplémentaire?

4. Le bestiaire du Néolithique précéramique, ou : encore des vautours Poscripturn au chapitre 3

ANNEXE 1 - REPERES CHRONOLOGIQUES

ANNEXE 2 - LE TAUREAU DANS LES CULTES MINOENS

Références citées

Un extrait de La déesse et le grain d'Alain Testart

PRÉFACE

Alain Testart est l'anthropologue français contemporain qui a probablement le plus apporté à la réflexion de ses collègues archéologues dès lors que ceux-ci ont tenté "penser" les sociétés anciennes. En attirant l'attention sur des chasseurs-cueilleurs evolués", sédentaires et soumis à des tendances inégalitaires, il leur a tendu une perche pour mieux appréhender la transition au Néolithique. En contestant la vision linéaire des néo-évolutionnistes anglo-saxons, attachés à combiner complexité croissante et contrôle politique du territoire, il a proposé une classification des sociétés pré- et protohistoriques fondées sur l'absence ou la possession de richesses et les stratégies du pouvoir conséquentes. En repensant la notion de "morts d'accompagnement", en développant le concept de "servitude volontaire", il a renouvelé le débat sur l'apparition de l'Etat. Ce ne sont certes là que quelques-uns des apports de cet auteur à l'épistémologie de notre discipline et à parcourir son abondante œuvre écrite, on y puiserait d'autres avancées stimulantes.

Evidemment, à traquer ainsi les formules archétypales, à utiliser une approche régressive partant de populations ethnographiques pour mieux décrypter des exemples plus anciens, Alain Testart a fini par se prendre lui-même au jeu de l'archéologie et s'est invité dans les débats des préhistoriens. Cet ouvrage témoigne tout à fait de cette évolution puisque l'auteur y traite de la question tant controversée de la religion néolithique. Trois thèmes - mieux, trois morceaux de choix - de la littérature archéologique y sont abordés: le culte de "la" Déesse, le culte du taureau, le culte
dés ancêtres.

D'abord, la déesse. Il y a longtemps que, personnellement, je doute de l'existence, de cette fameuse "Grande Déesse" ou "Déesse universelle" néolithique, dont les écrits depuis plus d'un siècle nous content le règne bienfaisant. Pendant quelques années, dans mon enseignement au Collège de France, j'ai mis en garde mes auditeurs contre les diverses interprétations "religieuses" qui, en archéologie, peuplent ouvrages scientifiques" ou articles de vulgarisation. Or, je pense qu'on ne peut traiter du religieux", néolithique ou autre, sans un minimum de rigueur méthodologique et nOn sur la base de l'inspiration personnelle. En archéologie notamment, l'analyse des contextes est fondamentale et doit guider toute proposition. A. Testart va plus loin qui fair observer que l'interprétation symbolique - ce que l'artiste a voulu traduire - n'est pas l'interprétation religieuse, "opération intellectuelle" qui doit, elle, resituer l' œuvre parmi les dogmes qui structurent la croyance. Pourtant dès que les néolithiciens s'aventurent sur le terrain du religieux, l'image de la déesse devient irrésistible. Et l'auteur de s'interroger sur le bien fondé de cette tradition épistémologique pour aboutir au constat que, finalement, les statuettes anthropomorphes de pierre, de terre cuite ou d'os seraient l'unique témoignage de son culte. Or, morphologiquement diverses et trouvées dans des contextes très variés, ces figurines ne fournissent pas de piste cohérente. Les lieux de culte supposés ne sont pas, non plus, démonstratifs. L'ethnologie enfin nous dit la panoplie des interprétations possibles, au gré du temps et des cultures et, souvent, l'usage profane de ces productions. N'y aurait-il donc rien à tirer de ces témoins? Certes pas, car certains nous offrent une clé intéressante, mais dans une autre direction. Ainsi la "Dame de Çatal Hüyük", accoudée sur ses fauves, semble être une claire métaphore de la domination de la femme (de l'humanité ?) sur des bêtes - forces sauvages - soumises. Une allégorie de la domestication de la nature? En tout cas, un signe de puissance, de capacité, de maîtrise.

Deuxième volet: le "Culte du Taureau". Que n'a-t-on écrit, de Lascaux à Çatal, des hypogées sardes au Bego et à la Crète minoenne, sur l'ancienneté et la vénération de la bête vigoureuse et indomptée? Et pourtant on peut s'interroger. Les cornes de l'animal, hautement symboliques, n'ont pas forcément une connotation masculine. Il y a longtemps, M. Eliade avait noté leur connivence féminine et d'ailleurs, à Çatal même, l'opposition féminin/masculin (= parturientes/bucranes) est-elle fiable ? Depuis que I. Hodder a, tout récemment, réinterprété les modelages muraux, censés figurer la "Déesse", en peaux d'ours ou de léopards, cette dichotomie peine à survivre.

A. Testart s'engouffre dans la brèche pour contester, cette fois, les bucranes en tant que symboles de masculinité. Le comparatisme ethnologique lui fait privilégier une autre thèse: il pourrait s'agir de restes sacrificiels. On tue la bête pour la dédier aux puissances surnaturelles, on la consomme collectivement, on n'en est que plus apprécié d'autrui. On marque alors l'événement en exhibant les cornes de l'animal dans les murs ou les banquettes de la demeure invitante, à la façon dont les Toradja, eux, les empilent sur un poteau frontal de leur maison. Ces intérieurs anatoliens décorés ne sont-ils pas une façon d'inscrire la domus dans une histoire, celle de ceux qui y vivent? Fi donc des supposés sanctuaires. N'oublions pas aussi la perspective sociale. Celui qui se défait d'une bête en a les moyens. On est donc déjà face à des possédants et à des dominés. Intéressante démonstration qui rejoint ce que, quelques siècles auparavant, le PPNB nous laissait pressentir: loin d'être homogène, la première société agricole génère déjà des dénivelés, des tendances inégalitaires.

Troisième propos: quelle est la signification des crânes prélevés ou "décollés" On y voit habituellement une pratique de vénération envers des défunts naguère importants ou charismatiques, bref le souci d'honorer des ascendants appréciés. Une sorte de "culte des ancêtres" dont les crânes, maquillés, auraient été réinsérés dans le jeu des vivants. En se fondant sur divers rapprochements ethnologiques, l'auteur conc1ut plutôt à des trophées, à une façon pour le vainqueur de s'auto-glorifier en emportant la tête de l'ennemi défait. Certes, tous les crânes prélevés ne sont sans doute pas des signes ostentatoires de victoire. Pour autant, l'exemple bien connu des fosses mésolithiques d'Ofnet (Bavière), dans lesquelles ont été regroupées des têtes tracassées, apporte de l'eau au moulin de cette thèse. Quant aux vautours peints sur lès parois de çatal, ils semblent bien s'acharner sur des corps déjà amputés de leur crâne. De ces divers contacts, A. Testart tire une conc1usion plus générale: violence er conflits étaient déjà là. Il rejoint ainsi une idée que j'ai formulée, avec J. Zammit, dans le Sentier de la Guerre. Le mythe d'une première société agricole, solidaire et pacifique, ne cesse de perdre du terrain à l'épreuve des faits et des analyses. Cessons donc d'idéaliser les sociétés anciennes si nous voulons mieux les comprendre.

Au final, ces trois essais constituent une lecture originale de documents à même de nous faire mieux pénétrer les mécanismes cognitifs des populations néolithiques du Proche-Orient. Ils ont, sur la démarche archéologique, l'avantage d'un recours appuyé au large arsenal du comparatisme anthropologique. Mais ils nous rappellent aussi que les phénomènes religieux prennent appui sur des fondements sociaux.

Jean Guilaine
Professeur au Collège de France



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Mise en ligne le 15/09/10