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Découverte coquillages percés au Maroc

Posted on 10 juin 200730 avril 2024 By Christian
La douzaine de coquillages percés peut forme une sorte de parure. Les ornements datés de – 82 000 ans ont été mis au jour dans la grotte des pigeons à Taforalt, au Maroc.
Communiqué du CNRS

La découverte de petits coquillages marins perforés, dans la grotte des Pigeons à Taforalt (Maroc oriental), a mis en évidence une utilisation plus ancienne que prévu des objets de parure dans le nord de l’Afrique. Datant de 82 000 ans, ces ornements figurent parmi les plus anciens au monde. Sachant que ces objets sont, avec l’art, les sépultures et l’utilisation de pigments, parmi les indices les plus concluants de l’acquisition d’une pensée symbolique et de capacités cognitives modernes, cette étude amène les chercheurs à réviser leurs thèses sur l’origine de l’homme moderne. Publiée dans la revue PNAS le 4 juin, elle a été menée par une équipe pluridisciplinaire composée de chercheurs du CNRS, en collaboration avec des scientifiques marocains, britanniques, australiens et allemands.

Parure Grotte des Pigeons
Petits coquillages perforés intentionellement. Photo CNRS, Marian Vanhaeren et Francesco d’Errico

Bien longtemps, il a été admis que les plus anciennes parures, alors datées autour de 40 000 ans, provenaient d’Europe et du Proche-Orient. Mais, depuis la découverte, en Afrique du Sud, de parures et d’ocres gravées âgées de 75 000 ans, cette idée est remise en cause, surtout avec la mise au jour récente au Maroc de parures remontant à de plus de 80 000 ans. Ces découvertes sont autant d’indices d’une culture matérielle symbolique beaucoup plus ancienne en Afrique qu’en Europe.

Datées de 82 000 ans les parures exhumées par les archéologues dans la grotte des Pigeons à Taforalt (nord-est du Maroc) sont composées de 13 coquillages appartenant à l’espèce Nassarius gibbosulus. Délibérément perforés, ces objets sont encore, pour certains, recouverts d’ocre rouge. Ils ont été découverts dans des restes de foyers, associés à d’abondantes traces d’activité humaine, sous la forme d’outils lithiques et d’ossements d’animaux (1). Ces mollusques proviennent d’une séquence stratigraphique (2) formée de sédiments cendreux. Sa datation, opérée de manière indépendante par deux laboratoires employant quatre techniques différentes, a confirmé un âge de 82 000 ans.

Sous la direction d’Abdeljalil Bouzouggar, chercheur à l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP, Maroc) et de Nick Barton de l’Université britannique d’Oxford, une équipe multidisciplinaire mène une étude approfondie de ce site depuis cinq ans. Ont été particulièrement impliqués dans l’étude de ces coquillages deux chercheurs CNRS, Marian Vanhaeren et Francesco d’Errico, appartenant respectivement aux unités « De la préhistoire à l’actuel : culture, environnement et anthropologie » (PACEA, CNRS / Université Bordeaux 1 / INRAP / Ministère de la Culture et de la Communication) et « Archéologies et sciences de l’Antiquité » (ArScAn, CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication / Universités Paris 1 et 10). Ils ont ainsi révélé que les coquillages avaient été ramassés morts, sur les plages marocaines, qui, à cette époque, étaient situées à plus de 40 km de la grotte des Pigeons. Tenant compte de l’éloignement de la côte à cette période et de la comparaison avec les altérations naturelles de coquillages de la même espèce échoués sur les plages actuelles, les deux scientifiques en ont déduit que l’homme préhistorique avait choisi, transporté et très probablement perforé puis coloré en rouge ces coquillages pour une utilisation symbolique. De plus, certains coquillages montrent des traces d’usure, ce qui suggère qu’ils étaient durablement employés comme parure : ils étaient très certainement suspendus en colliers ou en bracelets ou bien cousus sur des vêtements.

Remarquant que ces parures appartiennent à la même espèce de coquillages et portent le même type de perforation que celles issues des sites paléolithiques de Skhul en Israël (3) et de Oued Djebbana en Algérie (4), Marian Vanhaeren et Francesco d’Errico confirment ainsi la validité de ces deux découvertes. Tout semble donc indiquer qu’il y a 80 000 ans, les populations de la Méditerranée orientale et méridionale partageaient les mêmes traditions symboliques. D’autres sites marocains, encore inédits, confirmeraient l’utilisation des Nassarius gibbosulus à cette époque.

Par ailleurs, les deux chercheurs observent une différence remarquable entre les plus anciennes parures d’Afrique et du Proche-Orient d’une part, et de l’Eurasie d’autre part. Au contraire de l’Afrique et du Proche-Orient, où ne figurent qu’un ou deux types de coquillages, en Eurasie, dès le début du Paléolithique supérieur, ces objets sont caractérisés par des dizaines, voire des centaines de types différents.

Sources
CNRS
Sciences et Avenir

A lire également
2007 Découverte de coquillage percés au Maroc
2014 Des caries dentaires sur des fossiles humains trouvés dans la grotte des Pigeons
2021 Une parure de coquillages de 142 000 ans trouvée au Maroc

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Actualité, Etudes et recherches Tags:collier, coquilles, maroc, ocre, parure, percées, sapiens

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