Accueil / Accueil – articles / Deux figurines d’oiseaux de 40 000 ans dans la grotte de Hohle Fels.
Deux figurines d’oiseaux de 40 000 ans dans la grotte de Hohle Fels.
Une équipe d’archéologues de l’Université de Tübingen a identifié de minuscules figures d’oiseaux dans les artefacts de l’Aurignacien de la grotte de Hohles Fels dans le Jura souabe, en Allemagne.
Christfried Dornis, service de communication de l’université
Eberhard Karls de Tübingen

Crédit : Ralf Ehmann / Université de Tübingen.
Une double découverte extraordinaire a été faite dans la grotte de Hohle Fels, Ce sont deux figurines d’oiseaux sculptées dans de l’ivoire de mammouth qui ont été mises au jour dans les couches inférieures de la culture aurignacienne, datant de 40 000 ans. De toute petite taille, elles présentent toutefois des détails d’une grande finesse. Les archéologues ont déterminé que l’un des deux animaux représentait un volatile au repos, peut-être en train de couver et l’autre d’un oiseau aux ailes déployées.
Les figurines ont été découvertes dans la même strate à environ 1 mètre de distance. « Ces statuettes démontrent que les sculpteurs du paléolithique étaient capables de représenter les oiseaux de manières diverses et extrêmement complexes » a déclaré le professeur Nicholas Conard, directeur de recherche au département de préhistoire et d’histoire ancienne de l’université de Tübingen. Il rajoute que « certains motifs semblent spécifiques à des sites archéologiques particuliers ».
Les figurines de deux centimètres de long
Les oiseaux sont d’une taille extrêmement petite. Mesurant deux centimètres de long, un centimètre de large et un demi-centimètre de haut, l’oiseau aux ailes déployées est même le plus petit de toutes les œuvres d’art mobilier du Paléolithique connues à ce jour dans la région. La plupart des autres figurines de l’Âge de glace mesurent entre trois et neuf centimètres. Malgré leur petite taille, ces oiseaux ont été remarquablement sculptés : l’oiseau au repos possède des yeux ronds saisissants, l’autre un bec caractéristique, et des marques parallèles sur ses ailes représentent son plumage. « Ici, la défense de mammouth n’a pas simplement servi à créer une forme simplifiée du corps d’un oiseau », explique Conard, « ici, des observations précises de la nature ont été traduites en figurines dont la richesse des détails permet même d’identifier l’espèce d’oiseau représentée et de comprendre son comportement. »
Alors que la plupart des figurines animales de l’ère glaciaire sont représentées dans une pose statique, les figurines d’oiseaux présentent des comportements spécifiques. L’équipe du professeur Conard interprète l’oiseau au repos, avec sa posture aplatie et étendue, la tête rentrée dans le corps et les pattes repliées, comme étant peut-être en train de couver. Quant à l’animal aux ailes largement déployées et au cou allongé, les interprétations varient : il pourrait être en vol ou se poser sur l’eau, menacer ou encore faire la cour. De même que le langage corporel des animaux ne peut être déterminé avec certitude, l’espèce d’oiseau reste également incertaine. Il pourrait s’agir de lagopèdes, dont les ossements sont fréquemment retrouvés dans les vestiges archéologiques de la région ; cependant, les chercheurs envisagent également d’autres oiseaux ressemblant à des faisans, comme le grand tétras, ou certains rapaces.
Des oiseaux « poids plumes »
« Pesant respectivement un peu moins de 1,3 et 0,7 gramme, les deux oiseaux en ivoire récemment découverts sont de véritables poids plumes », explique Conard, « mais ils soulèvent de nombreuses questions scientifiques passionnantes. » L’une d’elles consiste à s’interroger sur la signification que ces oiseaux pouvaient avoir pour les chasseurs-cueilleurs de l’ère glaciaire : peut-être un talisman individuel ou un symbole de groupe renforçant l’identité. On ignore également pourquoi les habitants de Hohle Fels, près de Schelklingen dans la vallée de l’Achtal, étaient si fascinés par les oiseaux il y a 40 000 ans. Enfin, la grotte où fut exhumé l’oiseau aquatique il y a un quart de siècle compte désormais trois représentations d’oiseaux, tandis que sur les trois autres sites d’art de l’ère glaciaire situés dans la zone inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, bien qu’une multitude de représentations animales impressionnantes telles que mammouth, lion des cavernes ou cheval sauvage aient été trouvées, aucun oiseau n’y figure, rapporte Conard : « Nous reconnaissons donc de plus en plus que les artistes produisaient des œuvres individuelles, pour lesquelles ils recouraient à différents motifs selon l’atelier d’ivoire – chaque site porte ainsi sa propre signature unique. »
Les figurines seront exposées jusqu’au 4 avril 2027 au Musée de la Préhistoire et de l’Art de l’Âge de Glace de Blaubeuren (urmu), dans le cadre de l’exposition « Légèreté et profondeur de recherche – À la découverte des oiseaux miniatures de l’art de l’Âge de Glace », située près de leur lieu de découverte. « Notre région a toujours offert un habitat à une grande variété d’espèces d’oiseaux ; aujourd’hui, avec le lac Schmiechen, elle abrite même une réserve ornithologique européenne », explique Stefanie Kölbl, directrice de l’urmu. « Il y a déjà 40 000 ans, les oiseaux étaient omniprésents : ils saluaient le jour de leurs chants, leur migration vers le sud annonçait le changement des saisons et leurs volées alarmées signalaient le danger. On pouvait imiter leurs chants sur des flûtes en os… quel émerveillement de constater qu’ils ont aussi sculpté avec tant de réalisme ces créatures enchanteresses dans l’ivoire ! » Des visites guidées gratuites de la « Découverte de l’année » seront proposées le samedi 1er août et le dimanche 2 août à 14h30.
L’urmu se situe au cœur des grottes de l’âge de pierre, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2017 dans le cadre du projet « Grottes et art glaciaire du Jura souabe ». Le Musée d’art et de musique paléolithiques du Bade-Wurtemberg, rattaché à l’Université de Tübingen, retrace la vie des chasseurs-cueilleurs à l’époque glaciaire, il y a 40 000 ans, en bordure du Jura souabe. Parmi les pièces maîtresses figurent les plus anciens instruments d’art et de musique connus de l’humanité, découverts dans la région. La pièce maîtresse est la « Vénus de Hohle Fels » originale.
Sources
Communiqué de Presse
https://idw-online.de/de/news875262
A Hohle Fels également
2009 La vénus de Hohle Fels
2016 Un outil pour torsader des cordes il y a 40 000 ans à Hohle Fels
2017 Des perles de 42 000 ans à Hohles Fels
2021 Des pointes à Hohle Fels… attribuées à Néandertal
2026 Deux figurines d’oiseaux sculptées de 40 000 ans à Hohles Fels















