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Livre - Petite histoire des grands singes - Chris Herzfeld - Seuil

Petite histoire des grands singes
Chris Herzfeld

Le singe, très proche de nous, est parfois un peu trop proche pour certains ! Proche par son pouvoir d'imitation de l'humain, sa morphologie, les poses qu'il prend, le grand singe peut déranger car sa proximité nous renvoit à notre propre animalité...
Tout au long des siècles, les curieux, les savants, les scientifiques, les philosophes se sont penchés sur nos proches cousins...



Petite histoire des grands singes



Présentation de l'éditeur

De l’Antiquité à nos jours, de la découverte du gorille à celle des cultures des chimpanzés, cette fascinante histoire des relations entre hommes et grands singes dévoile les comportements surprenants des bonobos, chimpanzés, gorilles et orangs-outans et leur proximité avec notre espèce.
La croyance commune en la singularité de l’homme et sa séparation radicale d’avec les autres primates ne traduirait-elle pas en fait notre angoisse d’une régression vers la bestialité ? D’où vient cette notion d’une différence de nature et quels arguments scientifiques l’ont successivement alimentée ? Comment les grands singes ont-ils été constitués en objets de savoir et d’expérimentation, prétextes à discours sur les races et sur les femmes ? Et comment s’affirment-ils aujourd’hui en partenaires et semblables pour les humains ?



224 pages
Editions du Seuil
Science Ouverte


L'auteur, Chris Herzfeld

Chris Herzfeld est philosophe des sciences et artiste. Spécialiste de l’histoire de la primatologie et des relations entre les humains et les grands singes, elle mène avec ces derniers des travaux de terrain dans le monde entier.

Sommaire Petite histoire des grands singes

Introduction

1. L'étrangeté du Même. Hommes sauvages, simiens et êtres hybrides.

2. Quand le singe n'était qu'un crâne. Expansion coloniale, collections d'histoire naturelle et classification.

3. Singes-cobayes. Primates et recherche expérimentale.

4. Des anthropoïdes qui se prennent pour des humains. Singes spationautes, singes peintres et singes parlants.

5. Socialités, traditions et cultures chez les primates. Quand recule la frontière entre l'homme et l'animal.

Des femmes et des singes. Sexe, genre et primatologie.

Devenir-humain…

Un extrait de Petite histoire des grands singes

CHAPITRE 1

L'étrangeté du Même
Hommes sauvages, simiens et êtres hybrides


Dès l'Antiquité, les hommes sont fascinés par les singes et la facilité avec laquelle ils imitent leurs comportements. De nombreuses représentations artistiques témoignent de cette capacité à « singer » les humains, parfois de manière métaphorique, notamment par le biais de l'image récurrente des singes musiciens. Cependant, une fois passé le temps des anciennes religions qui vénèrent les dieux hybrides, on redoute le mélange illégitime entre essences opposées, humaines et animales. Une défiance se juxtapose à la fascination : les primates 1 se montrent semblables à l'Homme, tout en exhibant tous les caractères de l'ensauvagement et de la bestialité lubrique. Une obsession émerge, qui a durablement marqué l'histoire des relations entre hommes et simiens : la volonté compulsive de déterminer des critères de distinction, afin d'affirmer que l'espèce humaine est unique et qu'elle se distingue radicalement du singe. Parallèlement à cette obsession s'exprime pourtant un étonnement, sans cesse renouvelé, face à ces êtres si proches. À la Renaissance, les savants se donnent donc pour mission de décrire les similitudes morphologiques et anatomiques entre hommes et anthropomorphes, constituant de la sorte les primates en objets de savoir. Ils prennent cependant soin de maintenir des différences indépassables. Au xviiie siècle, les anthropoïdes sont encore extrêmement rares en Europe. Les naturalistes des Lumières s'efforceront de les nommer, de les classer et de rassembler toutes les connaissances disponibles à leur sujet.

1. Le terme de « primate » s'applique également à l'homme qui fait partie de cet ordre, mais il sera utilisé ici uniquement pour une question de forme, afin d'éviter de trop nombreuses répétitions du mot « singe ».

1. Primates humanisés et orchestres de singes
En Égypte ancienne, les échanges commerciaux, les tributs offerts aux vainqueurs, ainsi que les cadeaux échangés entre puissants ont favorisé l'introduction de différentes espèces de petits singes à queue dans le pays, principalement des babouins et des colobes. Dans
l'art, le primate le plus représenté est le babouin hamadryas. Le thème récurrent du simien témoigne du vif intérêt porté à ces animaux, qui apparaissent assis sur des chars de marchandises, accrochés au cou de girafes, tenus en laisse ou installés sur une épaule. Admis dans l'entourage des souverains en tant qu'animaux de compagnie, ils vivent dans leurs appartements privés. Des scènes de la vie quotidienne les montrent attachés à côté des trônes, tenant des fruits dans les mains, en train de danser, ou encore sous les traits de musiciens jouant de la mandoline, de la flûte ou de la lyre. En Mésopotamie, il n'existe aucune espèce de primate autochtone. Les singes sont pourtant déjà mentionnés à Babylone, au temps très ancien de l'Akkadien Narâm-Sîn, « roi des quatre rives du monde » (2254-2218 av. J.-C.). La présence des primates, dans l'art et l'artisanat, est principalement due à une influence égyptienne (à partir du IIe millénaire), progressivement supplantée par une emprise hellénistique. Parfois extrêmement précises et réalistes, différentes représentations dépeignent les simiens en train de servir des boissons aux membres d'un orchestre constitué de bêtes, honorés lors de rites dédiés à certains dieux ou adoptés par des particuliers comme animaux familiers à la mode. Le roi assyrien Asurnasirpal II possédait des singes parmi les espèces remarquables exhibées dans ses parcs. À Ur, dès 2000 av. J.-C., des oeuvres montrent des simiens extrêmement proches des humains : ils sont tenus en laisse, sont accroupis sur l'épaule ou sur la tête de leur propriétaire. En Asie Mineure, la présence de primates est elle aussi déjà l 'étrangeté du même attestée à des périodes très reculées. Des statuettes, poteries, amulettes et vases égyptiens, ornés de figures simiesques, ont été découverts en Palestine, en Syrie, et dans différentes îles de la mer Égée. Une sculpture en ivoire, originaire de Syrie du Nord, figure un singe debout qui porte des vêtements, un collier, et tient un vase. D'autres oeuvres présentent des primates bipèdes, des cynocéphales accroupis, des singes musiciens ou des mères tenant leur petit dans les bras. Dans la Bible (Rois, 10,19-22 ; Chroniques, 9,21), des simiens sont évoqués dans les listes de marchandises importées par les Hébreux. Les références aux singes apparaissent plus tard dans la littérature rabbinique, mais elles se rapportent à une tradition ancienne. Leur forte ressemblance physique et comportementale avec les humains
les rend dangereux aux yeux des érudits. Le fait de les voir en rêve est interprété comme néfaste, en raison de la laideur imputée à l'animal, qui incarne une catégorie d'emblée inférieure à l'Homme : il est à Adam ce qu'Adam est à Dieu. Tournés en ridicule, les simiens sont néanmoins considérés comme des objets de luxe. Dans les récits rabbiniques anciens, ils remplissent des fonctions de serviteurs et sont notamment éduqués à verser de l'eau sur les mains de leur maître, ainsi que sur celles de ses convives. De même que les représentations égyptiennes ou assyriennes qui exhibent des singes richement vêtus, ou d'habiles musiciens, ces descriptions témoignent des
capacités d'imitation des primates et de leur intégration dans la vie quotidienne, dès les temps archaïques.

De la domestication des primates

Implantés dans les régions de la côte septentrionale de l'Afrique de l'Ouest, où les simiens étaient accueillis dans les familles comme animaux familiers, les marchands phéniciens ont beaucoup contribué à faire connaître les espèces originaires d'Afrique dans des contrées dont elles étaient, jusque-là, totalement absentes. Ils ont également facilité la diffusion de thèmes artistiques égyptiens, assyriens et orientaux dans le bassin égéen, puis en Méditerranée. Peu de singes y arrivent vivants durant la période minoenne-mycénienne (2700-1200 av. J.-C.). Seuls les gens fortunés les importent ou les reçoivent en cadeau. Ils sont néanmoins peu à peu présents dans l'art. Des figurations de simiens sont ainsi visibles dans différents sites en Grèce ancienne à partir des années 1400 av. J.-C. C'est en Crète qu'on en trouve l'une des plus belles illustrations : des primates colorés en bleu, et sans doute réalisés d'après nature, sont représentés dans leur milieu naturel. On peut les admirer dans la Maison des fresques à Cnossos (minoen tardif). Des vases grecs, datant notamment de la période proto-corinthienne, prouvent qu'il existe des espaces de cohabitation entre singes et humains à cette époque. Différentes espèces sont représentées, parmi lesquelles le babouin. Plus tard, les voyages de Grecs illustres en Égypte, ainsi que les échanges commerciaux établis entre la Grèce et les îles égéennes, puis avec la ville d'Alexandrie, continuent à favoriser la diffusion des représentations égyptiennes dans le monde antique grec. Des relations s'instaurent également entre la Grèce et la Mésopotamie. Importés par les Carthaginois et par les Phéniciens, qui les côtoient depuis longtemps, les macaques de Barbarie se font assez communs en Grèce. Ils sont très prisés comme animaux de compagnie. Devenus populaires, ils apparaissent également dans l'art étrusque.

Rencontre avec le gorille

Le premier témoignage direct d'observation d'anthropoïdes dans leur milieu naturel remonte au ve ou vie siècle av. J.-C. Un amiral carthaginois, appelé Hannon, explore les côtes de l'Afrique de l'Ouest en vue de les coloniser. Trois jours après son départ, il débarque sur une île, au coeur d'une baie luxuriante, sans doute située au Gabon. Il y découvre un « peuple sauvage », au corps velu, que ses interprètes désignent par le terme de Gorilla. Trois femelles sont capturées. Comme elles attaquent et mordent, les soldats sont obligés de les tuer. Ils les dépouillent de leur peau et rapportent celles-ci à Carthage. Pline l'Ancien évoque la présence de ces Gorgones dans le temple de Junon jusqu'en 146 av. J.-C., année de la prise de la ville. Est-il question de Pygmées, de chimpanzés, de gorilles ou d'une espèce de singe aujourd'hui disparue ? Beaucoup estiment qu'il s'agit de la première mention de gorille par un Occidental.

Le plus beau des singes est laid,
comparé à l'espèce humaine


Dès le viie siècle avant notre ère, les primates sont également
présents dans certains poèmes, fables, satires et divers écrits philosophiques. Ils incarnent notamment la laideur et la disgrâce la
plus extrême, ou figurent des êtres maléfiques, intrigants et rusés. Au vie siècle av. J.-C., époque à partir de laquelle les singes deviennent familiers, les simiens jouent différents rôles dans les fables d'Ésope. Ils constituent des sujets parfaits pour incarner le personnage de
l'anti-héros, dont le poète grec est le précurseur. Au ive siècle av. J.-C., Platon juge que le singe (pithêkos) est un piètre imitateur de l'Homme. Il est en effet doté d'un intellect sans profondeur et d'une pensée sans justesse. Le philosophe ajoute que « Le plus beau des singes est laid, comparé à l'espèce humaine 1 » et précise que « Le plus savant des hommes comparé à Dieu ressemble à un singe quant à la sagesse, à la beauté et à tout le reste 2 ». Selon lui, le primate tente de se faire passer pour un homme, mais il n'est qu'un bouffon, un imposteur avide et un vil imitateur qui suscite le rire. Dans son Histoire des animaux, Aristote expose les ressemblances entre humains et primates. Dans le chapitre 8 du livre II (« Les singes, les cynocéphales »), qu'il consacre aux singes, il les considère dotés « d'une nature qui participe à la fois de celle de l'homme et de celle des animaux à quatre pieds […] 3 ». Il dit aussi que « Leur visage présente de
nombreuses similitudes avec l'homme, car ils possèdent des narines et des oreilles voisines, et des dents comme celles de l'homme 4 […] ».
Ayant forme humaine, ils ont des mains, des doigts et des ongles « semblables à ceux de l'homme, sauf que tout cela est plus bestial 1 ». Par ailleurs, de nombreux auteurs de l'Antiquité dépeignent les singes en tant qu'animaux domestiques, élevés pour rendre de menus services, compagnons de jeu ou intégrés dans les familles comme des enfants. En Afrique du Nord, les macaques de Barbarie vivent en hôtes dans les maisons, partageant la table des habitants. « En 310 avant J.-C., Diodorus décrivit l'une de ces villes situées près de Carthage. Il raconte que les quadrumanes jouissaient de la considération des habitants qui donnaient à leurs enfants des noms de singes. Ceux qui tuaient un de ces animaux étaient passibles de la peine de mort 2. » Rassemblant tous les savoirs de son époque à propos des simiens et des hybrides, l'écrivain et naturaliste Pline l'Ancien évoque leurs étonnantes similitudes avec les hommes, leurs capacités d'imitation et leur extraordinaire intelligence. Il précise qu'il existe plusieurs espèces de singes : les Satyres, les Choromandae et les Syrictae. Il s'agirait respectivement de gibbons, de babouins et d'orangs-outans. L'historien grec Plutarque estime que les simiens ne peuvent remplir aucune fonction, si ce n'est celle d'amuseur public. Au iie siècle, le sophiste Elien attribue également des comportements humains au singe. Il le décrit sous la figure du cocher, menant un attelage de chèvres. À partir de cette époque, les Romains côtoient, eux aussi, différentes espèces de primates.

1. Platon (1940), OEuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, LXXXII, 289a.
2. Ibid., 289b.
3. Aristote (1994), Histoire des animaux, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », livre II, chap. 8, p. 122.
4. Ibid., p. 122.


Premières dissections

Au iie siècle, Galien recommande à ses élèves de disséquer des anthropoïdes afin d'étudier l'anatomie du corps humain, l'étude des cadavres étant interdite dans la Rome de cette époque. Avant lui, les primates évoqués ne sont généralement pas des grands singes. Il est donc un des premiers à affirmer une telle proximité anatomique entre êtres humains et anthropomorphes. Solin répertorie alors cinq espèces de primates : les Cercopitheci, les Cynocephali (dont beaucoup vivent en Éthiopie et possèdent une face similaire à celle du chien), les Sphinges (facilement domesticables), les Satyri (êtres à pied de chèvre, rattachés aux centaures) et les Callitriches (qui possèdent des faces avec barbe). Solin est tellement fidèle à Pline l'Ancien qu'il est parfois appelé le « singe de Pline ». Ses ouvrages sur les merveilles et les curiosités du monde joueront un rôle essentiel dans la constitution de savoirs zoologiques au Moyen Âge.

1. Ibid., p. 123.
2. R. et D. Morris (1971), Hommes et Singes. Les étranges rapports entre l'homme et son plus proche parent, Paris, Marabout Université, p. 14.



2. Le singe comme figure du diable

De la chute de l'Empire romain à l'ère gothique, le monde médiéval est peuplé d'êtres qui oscillent entre animalité et humanité, et qui menacent, de la sorte, la frontière érigée entre les deux règnes.
L'héritage antique pèse fortement. Un imaginaire païen se maintient, dans une paysannerie moyenâgeuse, qui continue à vénérer, malgré l'Église, les figures liées aux cultes de la nature et de la fertilité. Les spiritualités anciennes, et particulièrement la religion égyptienne, dont le panthéon est animé de dieux hybrides et de déités animales, sont considérées comme incompatibles avec la doctrine chrétienne. La divinité attribuée au babouin par les Égyptiens, peuple idolâtre, ne pouvait en effet manquer de susciter la désapprobation.
Des humains rétrogradés et sataniques
Rattaché aux anciennes croyances profanes, le simia offre une image vile et dépravée de l'être humain. Exhibant une hideur révélatrice de sa bestialité, il tente de singer l'Homme tout comme le diable essaie d'imiter Dieu. Ses proximités physiques et comportementales sont donc interprétées en sa défaveur : il devient le prototype de l'imposteur et du mystificateur. Le singe se présente comme un humain rétrogradé par un acte divin, de même que l'Homme est un ange déchu. Il constitue un avertissement, rappelant le risque de la déchéance et de la régression vers l'animalité. Pendant tout le Moyen Âge, l'Église considère officiellement le singe comme une figure du diable.
Il semble que, malgré sa large diffusion, la doctrine du simien apparenté à Satan ait cependant eu peu d'effet sur les conceptions populaires à propos des primates, en raison, peut-être, de la rareté des figures du diable adoptant cette forme. Le Malin est incarné par d'autres animaux : chien, chat ou chèvre. Au tournant des xie et xiie siècles, des macaques de Barbarie sont montrés dans les foires et adoptés par les plus riches. Devenus plus familiers depuis les croisades, ils suscitent beaucoup d'intérêt. Vers le xiiie siècle, les singes abandonnent les oripeaux du diable et symbolisent le péché, constituant à nouveau une mise en garde contre la chute de l'Homme par la répudiation de sa dimension spirituelle.

Primates et encyclopédistes du Moyen Âge


Les auteurs des bestiaires chrétiens défendent un projet encyclopédique, au sens où ils veulent rendre compte de la totalité du savoir et de l'être, dans différents champs, des sciences à l'art, des allégories morales aux adages de la tradition. Supports de démonstration magistrale, les animaux constituent des exemples sur lesquels les auteurs plaquent des préceptes moraux. Plusieurs encyclopédistes, parmi lesquels Isidore de Séville, affirment eux aussi la parenté du singe avec le diable. Lors du changement de paradigme qui émerge vers le xiie siècle, les érudits opèrent un retour aux sources antiques et redécouvrent les auteurs grecs et latins. Les êtres hybrides, faunes, singes et autres créatures mythologiques, refont surface. Les ressemblances physiques entre humains et simiens sont reconnues, mais le critère de rationalité prévaut pour les distinguer. Une des nouveautés apportées par les encyclopédistes consiste à spéculer sur la mentalité, voire la psychologie des primates ; toutes les connaissances liées à leur biologie, ou à leur anatomie, étant recensées à partir des travaux des savants grecs, romains, arabes ou germaniques, parmi lesquels Aristote, Pline, Avicenne ou Hildegarde de Bingen. Albert le Grand élabore son histoire naturelle comme une branche de la théologie, de même que les autres encyclopédistes. Son oeuvre se démarque néanmoins de leurs travaux. Ses descriptions se fondent en effet, souvent, sur des observations directes. Il répertorie toutes les similitudes entre l'être humain et les singes, y compris du point de vue mental (mémoire, jugement et imagination), mais maintient l'épreuve de la ratio. Seul l'Homme se prescrit des lois, différencie le bien du mal, vit dans des sociétés civilisées. Le théologien dominicain Thomas de Cantimpré juge les ressemblances corporelles trompeuses et considère les imitations simiesques comme de piètres copies des comportements humains. Il ajoute que les singes se déplacent à quatre pattes. Leur nature les oblige donc à tourner leur regard vers le sol, alors que l'Homme contemple le ciel, lieu de son salut.

3. Étranges hybrides

L'homme de la Renaissance est influencé par l'héritage antique et les compilations des encyclopédistes médiévaux. Son monde est hanté par les hybrides issus des cultures antiques grecques ou proche-orientales, qui, selon Pline et Solin, peuplaient des contrées lointaines comme l'Inde ou l'Éthiopie. Les grands singes sont implicitement liés à ces êtres des confins du monde, mi-hommes, mi-animaux, qui font partie d'enclaves périphériques habitées de faunes, de déités étranges, d'hommes sauvages et de créatures monstrueuses. Les illustrations souvent fantaisistes qui accompagnent certains textes, ainsi que les premières descriptions de singes, en révèlent tout le caractère imaginaire. Bernhard von Breydenbach, archevêque de Mayence, propose une seule planche zoologique gravée, dans son Opusculum sanctarum peregrinationum (1486). Les représentations d'animaux que Breydenbach dit avoir rencontrés pendant son pèlerinage en Terre sainte y figurent : girafe, crocodile, chèvres indiennes à grandes oreilles, chameau, salamandre et licorne. Dans le coin inférieur droit de cette planche illustrée, un anthropomorphe doté d'une queue tient le camélidé en laisse et s'appuie sur une béquille. Entre être humain et singe, mélange redouté des deux natures, il ne peut se mouvoir comme l'Homme. Cette représentation d'anthropoïde appuyé sur une canne restera solidement ancrée dans l'imagerie occidentale associée aux grands singes.
Babouins, singes géants, jockos et pongos
Tandis que le naturaliste scolastique Conrad Gesner compile les différentes informations disponibles sur le Simia, en se fondant sur Aristote, Pline, Galien et Albert le Grand, l'anatomiste et humaniste de la Renaissance, André Vésale, déclare la dissection et l'observation directe fondamentales pour la science moderne. Il pense que les descriptions de Galien à propos de l'anatomie de l'homme s'appliquent en réalité au singe et confirme son hypothèse en disséquant publiquement un humain et un singe, à Bologne. À partir du xve siècle, les souverains de la puissante Europe financent une entreprise titanesque, celle des grands voyages d'exploration. S'ils sont d'abord organisés pour des raisons économiques, ces voyages apportent également une moisson de connaissances dans différents domaines : géographie, anthropologie et sciences naturelles. Lieux de mise en réserve des objets du monde, les chambres des merveilles, les cabinets de curiosités et les cabinets d'histoire naturelle apparaissent ainsi, partout en Europe, dès la seconde moitié du xvie siècle. Un voyageur portugais, Valentin Ferdinand, participe à une mission d'exploration des côtes africaines au tournant des xve et xvie siècles. Lors de son séjour en Sierra Leone, il a l'occasion d'observer des singes anthropomorphes, sans doute des chimpanzés. En 1591, Filippo Pigafetta transcrit les récits du navigateur portugais Duarte Lopez dans sa description du Congo. Il s'agit d'une synthèse de tout ce que l'Europe de l'époque connaît de ce royaume. Lopez y fait allusion à divers singes, dont le chimpanzé. Il précise que ces animaux ressemblent beaucoup
aux humains et qu'ils imitent leurs comportements de manière remarquable. Concernant les gorilles, une des descriptions les plus anciennes après celle d'Hannon, est celle d'un corsaire anglais, Andrew Battell. S'embarquant à Londres au service du roi d'Espagne en 1589, puis
prisonnier de l'armée du roi de Portugal, il séjourne plusieurs années en Angola et au Congo. Il évoque deux sortes de « monstres » très dangereux et craints par les populations locales. Le plus grand des deux est le M'Pungu en langage local (ou Pongo pour les Européens), sans doute le gorille. Il est semblable à l'homme dans les proportions, mais beaucoup plus grand. Sa face présente un aspect humain, mais son corps est couvert de poils. Battell le dit sociable, bipède et voleur d'enfants. Il raconte que les pongos dorment dans les arbres, dans des nids qu'ils façonnent eux-mêmes, et construisent aussi des sortes de toits afin de se protéger de la pluie. Il observe également un primate de plus petite taille que le pongo : le M'Geko (nom traduit par Engecko ou Enjoko), en principe le chimpanzé. Malgré ce témoignage, le gorille n'apparaîtra véritablement dans les textes savants, de manière encore très discrète, qu'à la fin du xviiie siècle.

4. Anthropomorphes et pygmées,
entre Renaissance et Lumières


La vie des grands singes dans leur milieu naturel n'est donc connue qu'à travers de rares récits de voyageurs. Envoyé en Guinée, le jésuite Pierre Du Jarric décrit différentes espèces de singes, parmi lesquelles celle qu'il appelle Barri, probablement le chimpanzé. Apprenant facilement certains savoir-faire, ce primate rend de menus services, maniant le mortier, allant chercher l'eau à la rivière. Le Hollandais Samuel Blommaert séjourne à Sambas (Bornéo) en 1609 et 1610, et apprend de la bouche de ses souverains que des singes de grande taille vivent en ces lieux. Blommaert est alors en mesure de justifier le terme de Satyre grâce à une explication confiée par le roi Timbang Paseban qui lui rapporte que, attiré par les femmes humaines, la « bête impudique » est capable de les enlever afin de les violer. Ce trait comportemental sera durablement associé aux orangs-outans.

L'arrivée des satyres en Europe

Dans son Novum Organum (1620), Francis Bacon oppose sa nouvelle méthode pour l'avancement des sciences à celle des Anciens. Inductive, se voulant opératoire et efficace, s'intéressant aux causes efficientes (dont la connaissance ouvre la possibilité du contrôle), cette science préconise les connaissances bâties sur l'observation, une approche empirique, des expérimentations (avec répétition et vérification), l'utilisation d'instruments et de techniques spécifiques, afin d'assurer les connaissances produites. Bacon conteste toute érudition purement livresque. Tout en continuant d'être hantés par le bestiaire mi-réaliste, mi-fabuleux des âges anciens, les savants du xviie siècle tenteront d'appliquer les prescriptions baconiennes aux premiers chimpanzés et orangs-outans qui atteignent l'Europe de l'expansion coloniale et de la révolution scientifique. Cette arrivée des grands singes fut l'un des événements les plus marquants de l'histoire naturelle de cette époque. Cependant, si les anthropoïdes commencent effectivement à être envoyés en terre européenne,
la plupart meurent pendant les voyages. Ne connaissant rien de leur régime alimentaire, on ne sait comment prendre soin d'eux et on ignore qu'il est indispensable de les protéger du froid. Ce sont donc souvent des spécimens morts qui sont remis aux savants, spécimens qui ne permettent que des études morphologiques et anatomiques. Enfin accessibles, au moins sous la forme de cadavres, les grands singes se révèlent étonnamment semblables à l'Homme. Sont-ils des humains, des monstres, des bêtes ou des hybrides ? Les savants de la Renaissance les dissèquent afin de le découvrir.

Le chimpanzé de Tulpius et l'orang-outan de Bontius

Vers 1630, une femelle chimpanzé, envoyée d'Angola au prince d'Orange-Nassau, vit près de La Haye, dans une des nombreuses ménageries que le souverain possède. La croyant originaire des
montagnes tropicales en Inde, le Hollandais Tulpius la classe parmi les satyres des Anciens, notamment mentionnés par Pline. C'est d'après cet individu qu'est réalisée la première représentation graphique connue de l'espèce, très approximative mais largement diffusée. Tulpius le dénomme Satyrus indicus, Homo sylvestris et Orang-outang. Cette multiplication de noms, ajoutée à l'imprécision de l'illustration, ne favorisera pas l'identification des deux espèces de primates anthropoïdes alors connues, le chimpanzé et l'orang-outan, confondus jusqu'au tournant des xixe et xxe siècles. Ayant l'occasion d'observer le primate vivant, il qualifie son visage d'« humain » et constate que ses pieds permettent la marche bipède. Adoptant des coutumes propres à l'homme, la jeune femelle boit en soulevant le couvercle d'un pot d'une main, le soutenant de l'autre, puis s'essuie les lèvres de manière délicate. Lors du coucher, elle s'enveloppe de couvertures comme le feraient les humains. Elle meurt en 1632. Chirurgien et anatomiste célèbre (représenté vers 1632 par Rembrandt dans La Leçon d'anatomie), Tulpius publie dans ses Observationes medicae (1641), la première description savante d'un anthropoïde fondée sur l'observation de son comportement et sur son étude morphologique. Plus tard, une description d'orang-outan est réalisée par un pair de Tulpius, le médecin hollandais Jacob de Bondt, dit Bontius, envoyé, comme médecin en chef, à Java, par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il affirme qu'il a vu des orangs-outans sur place, ce dont on pourrait douter au regard de l'illustration qu'il livre dans la première édition de son Historiae Naturalis (1658). Il introduit également l'expression toujours usitée d'« homme des bois » (Homo sylvestris), employée par les Javanais, et qui reflète l'entremêlement de caractères sauvages et de traits humains. Discutant la croyance locale selon laquelle les orangs-outans seraient les fruits d'un commerce impur entre singes et Indiennes, Bontius n'y voit que crédulité de « primitifs ». Par ailleurs, il décrit le comportement d'une femelle anthropomorphe qui a adopté différentes habitudes humaines : elle pleure et manifeste de la pudeur. Il ne lui manque que la parole. Le médecin explique enfin que « Les Javanais disent, en vérité, qu'ils peuvent parler, mais ne le désirent pas, par crainte d'être contraints de travailler : ridicule, par Hercules 1. » Cette légende javanaise qui ne nie pas la possibilité de langage pour les singes (mais dénonce leur paresse), sera répétée à l'envi par différents auteurs. Les capacités langagières constitueront bientôt un critère important de partage entre humains et grands singes. En 1661, Samuel Pepys estime que les chimpanzés comprennent l'anglais parlé et qu'on pourrait leur apprendre à s'exprimer au moyen de signes.

La leçon d'anatomie du professeur Tyson

En 1693, un éminent spécialiste de l'histoire naturelle, John Ray, tente une première classification des primates. À cette période héroïque de la science anglaise, marquée par ce même John Ray, ainsi que par Isaac Newton et Robert Boyle, plusieurs sociétés savantes voient le jour, parmi lesquelles la Royal Society de Londres (1660) et l'Académie des sciences à Paris (1666). L'anatomie descriptive et l'anatomie comparée occupent une place importante au sein de cette « Révolution scientifique ». Des passages entre anatomie et physiologie (également appelée « économie animale ») s'établissent, notamment soutenus par le mécanicisme cartésien et les théories d'Harvey sur la circulation sanguine. Ayant déjà réalisé d'importantes études
anatomiques de différentes espèces, dont celle d'un dauphin en 1680, Edward Tyson dissèque un jeune chimpanzé arrivé à Londres en 1698, et consigne minutieusement ses observations. L'ouvrage fait grande impression, de même que la présentation de ses recherches à la Royal Society de Londres. Il constitue, avec les travaux de Ray dans le domaine de la classification des primates, la plus importante contribution aux connaissances sur les anthropomorphes avant le xviiie siècle. Notant tous les points communs entre son « pygmée » (pour lui un être de petite taille) et les autres primates, puis entre ce même pygmée et l'humain, il démontre des ressemblances troublantes avec l'homme, leur proximité anatomique étant, pour la première fois, mise en évidence de manière scientifique et non équivoque. Tyson conclut que cette race de singe est différente de celles alors connues. Le spécimen réclame de la sorte d'être intégré à un nouveau groupe : celui des anthropoïdes. L'anatomiste clarifie ainsi le brouillage catégoriel entre homme et animal incarné par les créatures hybrides des temps anciens, qui plane sur toutes les investigations liées aux grands singes. Il classe les simiens et les pygmées du côté animal et maintient la position surplombante de l'Homme, profondément liée à l'esprit de son temps. Si les travaux de Tulpius (1641) et de Tyson (1699) instaurent une étroite parenté anatomique entre humains et anthropomorphes, les singes sont néanmoins pensés plus bas que l'Homme sur l'échelle des êtres, les similitudes ne pouvant être, à cette époque, que d'ordre strictement physique.

1. J. de Bondt, dit Bontius (1658), Historiae Naturalis et Medicae Indiae Orientalis, Amsterdam, p. 85

5. Premières cohabitations entre hommes et singes

Au xviiie siècle, l'histoire naturelle connaît un engouement sans pareil. Le public a alors le goût des espèces rares et étonnantes, par exemple le rhinocéros présenté à la foire de Saint-Germain (1749),
ou l'éléphant exhibé à Reims (1773). Le peuple a alors accès à quelques bêtes exotiques grâce à des montreurs ambulants, présents sur les foires. Les comportements d'imitation des singes non anthropoïdes sont mis en évidence lors de spectacles. Ils sont habillés et figurent certaines professions ou activités humaines, mimant des scènes du quotidien, jouant aux cartes, mangeant avec des couverts ou imitant les danses à la mode.

.Les primates comme objets taxinomiques

Dans les muséums, l'afflux de spécimens pousse les naturalistes à s'atteler au grand oeuvre de mise en ordre des objets du monde. Dans ce cadre, ils privilégient les études morphologiques et anatomiques, l'observation des caractères externes et l'analyse de la structure interne des animaux, ainsi que l'anatomie comparée. Leur volonté de maîtrise du chaos s'exprime également dans la pratique de dénomination. Les savants trouvent dans le système linnéen la possibilité de mener à bien cette tâche commune selon des standards rigoureux d'analyse et des codes partagés, autour desquels ils forment un collectif. En 1735, Carl von Linné parvient en effet à systématiser une nouvelle nomenclature dite « binomiale », c'est-à-dire composée d'un binôme : le premier des deux termes désigne le genre ; le second, l'espèce. Il définit l'ordre des Anthropomorpha à partir de caractères morphologiques communs aux hommes, singes et paresseux. En 1758 (dixième édition du Systema Naturae), il échange le terme d'Anthropomorpha contre celui de Primates (dérivé du mot latin primas : « qui est au premier rang », « qui a la prééminence », « qui est supérieur » – Gaffiot, 1974), pour nommer le groupe qui comporte les humains (parmi lesquels Homo sapiens ou diurnus, Homo ferus et certains hommes monstrueux), les chimpanzés (Simia satyrus) et les orangs-outans (Homo nocturnus, Homo sylvestris ou troglodytes). Créationniste et fixiste, Linné parle sous le contrôle de Dieu, la Nature constituant un réservoir d'évidences sensibles
qui attestent l'existence divine : « Je nomme les espèces comme Dieu les a créées. » Le système linnéen obéit à la prescription biblique de dénomination des objets du monde, mais l'Homme est placé dans la série animale, ce qui constitue une rupture épistémologique décisive.

Le chimpanzé entre en scène

À cette époque, il n'est pas question de partir étudier de manière systématique les singes sur le terrain. Seuls quelques savants privilégiés ont l'occasion d'observer les rarissimes spécimens vivants arrivés en Europe. Les anthropomorphes continuent à être des objets d'étonnement. La première présentation publique d'un primate anthropoïde, ainsi que sa désignation par le nom sous lequel nous le connaissons aujourd'hui, chimpanzé (dérivé du mot bantou kimpanzi), a lieu en septembre 1738 à Londres. On s'empresse de mettre la jeune femelle en scène dans une Heure du thé. Elle est revêtue d'une robe en soie, boit très délicatement du thé et s'appuie sur un bâton, conformément à une représentation désormais classique. Thomas Boreman en décrit le caractère modeste, doux, discret et tranquille, comme il se doit pour une véritable lady. Elle imite les comportements humains à un degré étonnant. Le premier chimpanzé vivant arrivé en France débarque à Paris en 1740. Buffon travaille alors à une oeuvre titanesque, une histoire naturelle où il définit le simien comme un animal bipède, dénué de queue, dont les mains, les doigts et les ongles ressemblent à ceux des hommes. Le grand naturaliste précise que les grands singes, dont la face est aplatie, portent des masques de figure humaine et ajoute : « Ce sont de tous les singes ceux qui ressemblent le plus à l'homme, ceux qui, par conséquent, sont les plus dignes d'être observés 1. » Il compare les anthropomorphes aux hommes en l'état de nature : ils ont la même taille, la même force, la même ardeur pour les femmes, sont bipèdes et utilisent des armes. Il explique, par ailleurs, que le chimpanzé qu'il a adopté s'est approprié certaines habitudes humaines. Il est notamment capable de se servir du thé et utilise couverts, serviette, verre, tasse et soucoupe. Buffon refuse cependant d'humaniser les anthropomorphes : la ressemblance est anatomique et non mentale. Il estime que les facultés d'imitation du primate relèvent de la caricature : le singe n'est pas capable de poursuivre un projet en copiant un savoir-faire. Cette impossibilité d'enchaîner les pensées volontaires en vue d'une fin garantit la prééminence de l'Homme sur ces espèces, de nature purement animale. Il déclare cependant que l'orang-outan est le « premier des singes ou le dernier des hommes 2 ». Il défend un principe d'évolution des vivants, tout en refusant l'idée que les humains (dont il affirme l'unité) aient pu passer par le stade animal. Envisageant donc le simien (de l'ordre de la dégénérescence) comme un miroir de l'humain (de l'ordre du perfectible), mais
uniquement d'un point de vue physique (les primates ne pensent ni ne parlent), Buffon conclut par cette phrase : il « n'est en effet qu'un animal, mais un animal très singulier, que l'Homme ne peut voir sans entrer en lui-même, sans se reconnoître, sans se convaincre que son corps n'est pas la partie la plus essentielle de sa nature 3 ». Le savant reconnaît, néanmoins, que les anthropoïdes peuvent manifester des sentiments, font preuve de mémoire et sont capables d'apprendre. En ce qui concerne nomenclature et classification des primates, les naturalistes sont alors en désaccord. Le tableau dressé est confus : Buffon distingue le Pongo du Jocko, noms qu'il emprunte à Battell, mais qu'il attribue tour à tour au chimpanzé et à l'orang-outan, tout en les présentant ensemble : il est possible qu'ils appartiennent à la même espèce. Les relations entre savants et primates anthropoïdes ont, de fait, été longtemps embourbées dans les problèmes d'identification. Par ailleurs, les érudits pensent que les « orangs-outans » se déplacent en mode bipède aussi bien que quadrupède. Ils sont en effet trompés par la disposition des grands singes à imiter ceux qui les entourent. À partir d'études sur la localisation de leur trou occipital et d'examens de leur colonne vertébrale, Daubenton prouve néanmoins que les anthropomorphes sont quadrupèdes. Ses études sont en fait motivées par la recherche d'un critère objectif de distinction entre humains et anthropomorphes, ici la locomotion, bipède pour les premiers et quadrupède pour les seconds. Elles démontrent que la posture verticale, attribut qui fut aussi important que le langage dans le partage entre humanité et animalité, est un caractère fondamental de l'Homme. Pour Daubenton, les singes qui vivent à proximité des humains, en Europe, sont donc des singes dénaturés.

1. Buffon (1837), Oeuvres complètes de Buffon, éd. revue par M. Richard, Paris, Pourrat Frères, p. 590.
2. Buffon (1766), Histoire naturelle générale et particulière, éd. C.S. Sonnini, Paris, Dufart, p. 40-41.
p e t i t e hi s toi r e de s grands s inges
3. Buffon (1837), Oeuvres complètes de Buffon, éd. préfacée par M. Geoffroy Saint-Hilaire, Paris, F.D. Pillot Éditeur, p. 580.

 



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Mise en ligne le 30/05/12