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Edouard Lartet
Édouard Lartet (1801-1871), pionnier de la paléontologie humaine
Édouard Lartet, né en 1801 à Saint-Guiraud dans le Gers et mort en 1871 à Seissan, est l’une des grandes figures de la naissance de la Préhistoire au XIXe siècle. Géologue, paléontologue et préhistorien, il est aujourd’hui considéré comme l’un des fondateurs de la paléontologie humaine. Son parcours est cependant assez particulier : contrairement à de nombreux savants de son époque, il ne reçoit pas initialement une formation de naturaliste. Il étudie le droit et commence sa carrière comme avocat avant de se tourner progressivement vers l’étude des fossiles et des sociétés humaines anciennes. Son itinéraire illustre ainsi le rôle que les amateurs éclairés ont pu jouer dans le développement des sciences au XIXe siècle.
Une formation juridique et une découverte progressive des sciences naturelles
Édouard Lartet appartient à une famille de propriétaires du Gers. Entre 1820 et 1830, il étudie le droit à Toulouse, puis effectue un stage à Paris. Il obtient une formation juridique qui devait normalement le conduire vers une carrière d’avocat. Cependant, durant ses études et son séjour parisien, il manifeste un intérêt croissant pour les sciences naturelles. Il suit notamment des cours au Collège de France et fréquente les collections scientifiques, ce qui contribue à développer sa curiosité pour la géologie, la zoologie et la paléontologie.
En 1830, Lartet revient dans le Gers pour administrer la propriété familiale. La région dans laquelle il vit est particulièrement riche en terrains fossilifères du Tertiaire. Il commence alors à s’intéresser aux fossiles découverts dans les environs. Selon Goulven Laurent, sa vocation scientifique est notamment liée à un événement presque fortuit : en 1834, un paysan lui apporte une dent de mastodonte. Cette découverte l’incite à approfondir ses recherches sur les vestiges du passé géologique. Lartet se forme essentiellement par lui-même, en lisant les ouvrages scientifiques et surtout en confrontant ses connaissances aux objets qu’il découvre sur le terrain.
Cette démarche d’autodidacte constitue un élément important de son parcours. Lartet est représentatif de ces « amateurs éclairés » du XIXe siècle qui, sans appartenir initialement aux institutions scientifiques, participent activement à l’accumulation de nouvelles connaissances. Ses recherches vont rapidement lui permettre d’entrer en contact avec les principaux savants de son époque.
Les premières découvertes paléontologiques

Reliquiae aquitanicae
Une carrière peut démarrer sur des coups de chance. Comme l’indique l’historien Goulven Laurent (Bulletin de la Société préhistorique française) :
« Ce n’est pas diminuer son mérite que de rappeler les circonstances de sa vocation puis de ses performances. Ce fut le don que lui fit en 1834 un paysan, d’une dent de mastodonte, qui l’a amené à s’engager de plus près dans des recherches en Paléontologie, générale par conséquent dans le cas. Le second fait important de ce que l’on appeler désormais sa carrière est tout aussi conjoncturel : ce fut la découverte en 1836, à Sansan – ou il avait une propriété familiale – des restes d’un Singe tertiaire. Il s’empressa part de sa découverte « maitres » de la capitale… et c’est ainsi qu’il communiqua avec Henri Ducrotay de Blainville et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire« …
L’année 1836 constitue un tournant majeur dans la carrière de Lartet. À Sansan, dans le Gers, il découvre les restes d’un singe fossile du Tertiaire, qui sera plus tard nommé Pliopithecus antiquus. Cette découverte est particulièrement importante car elle remet en question certaines conceptions alors dominantes sur l’histoire des primates. Lartet fait connaître ses résultats aux savants parisiens avec qui il était déjà en relation.
La découverte du Pliopithecus renforce chez Lartet l’idée que l’étude des fossiles peut permettre de reconstituer une histoire très ancienne du vivant. Il s’intéresse ensuite de manière plus systématique à la paléontologie et à l’anatomie comparée. En 1851, il devient assistant au Muséum d’histoire naturelle. En 1856, il découvre à Saint-Gaudens un autre singe fossile, le Dryopithecus Fontani. Ces recherches contribuent à sa réputation dans le monde scientifique et l’amènent progressivement à s’intéresser non seulement aux animaux disparus, mais également à l’ancienneté de l’être humain.
Cette question devient centrale dans son œuvre. Au milieu du XIXe siècle, l’idée d’un « homme fossile » est encore fortement discutée. Lartet défend progressivement l’hypothèse d’une très grande ancienneté de l’Homme. Pour lui, il faut rechercher les preuves de cette ancienneté dans l’association entre les restes humains, les outils fabriqués par l’Homme et les animaux disparus retrouvés dans les mêmes couches géologiques. Cette approche contribue à faire émerger une nouvelle manière d’étudier les sociétés humaines du passé.
L’homme préhistorique et la naissance de la paléontologie humaine
L’une des principales contributions de Lartet est d’avoir cherché à démontrer la contemporanéité de l’Homme avec des espèces animales disparues. Il accorde une importance particulière aux ossements d’animaux portant des traces d’intervention humaine, notamment des incisions produites par des outils. Ces traces constituent pour lui des indices particulièrement solides de l’ancienneté de l’Homme. En 1860-1861, il publie plusieurs travaux consacrés à la coexistence de l’Homme avec les grands mammifères fossiles et propose une chronologie de la Préhistoire fondée notamment sur la succession des faunes.
Cette méthode est novatrice pour son époque. Plutôt que de considérer les vestiges humains isolément, Lartet cherche à les replacer dans leur contexte géologique et environnemental. La stratigraphie et l’étude des espèces animales deviennent ainsi des instruments permettant de dater les occupations humaines. Il contribue de cette manière à transformer l’étude du passé humain en une véritable démarche scientifique. Le Musée d’Archéologie nationale souligne notamment qu’il propose l’une des premières chronologies de la Préhistoire fondées sur la faune et qu’il établit ainsi la contemporanéité de l’Homme et du mammouth.
Les recherches menées à Aurignac occupent une place importante dans cette évolution. En 1860, Lartet entreprend des fouilles à Massat puis à Aurignac. Ces recherches participent à la reconnaissance de l’ancienneté de l’Homme et à la constitution de ce qui deviendra la paléontologie humaine. C’est pourquoi Goulven Laurent considère Lartet comme le fondateur de cette discipline : il ne s’agit plus seulement d’étudier des crânes humains anciens, mais de rechercher les traces fossiles de l’Homme dans des contextes géologiques très anciens.
Les fouilles avec Henry Christy et la découverte de l’art paléolithique
À partir de 1860, Lartet travaille avec Henry Christy, banquier anglais et mécène passionné par la Préhistoire. En 1862 Edouard Lartet découvre chez un antiquaire parisien une breche provenant des Eyzies : elle contient des ossements de rennes et des silex taillés. Lartet et Christy vont s’intéresser rapidement à la grotte d’ou a été extraite la brèche, la grotte Richard. Ensemble, ils entreprennent de nombreuses fouilles dans des sites majeurs du Périgord et de la vallée de la Vézère : Le Moustier, Laugerie-Haute, Gorge d’Enfer, Les Eyzies, Laugerie-Basse, La Madeleine ou encore Le Pech-de-l’Azé. Ces recherches permettent de recueillir de nombreux outils, ossements et objets appartenant aux sociétés paléolithiques.
Lartet et Christy découvrent également des objets décorés et gravés, notamment à Laugerie-Basse et à La Madeleine. On peut notament citer la fameuse figure de mammouth de La Madeleine qui a la particularité d’être gravée sur de l’ivoire de… mammouth. Ces découvertes jouent un rôle essentiel dans la reconnaissance de l’existence d’un art préhistorique. Au XIXe siècle, il est en effet difficile pour les contemporains d’imaginer que des populations considérées comme « primitives » aient pu produire des représentations animales élaborées. Les objets découverts par Lartet et Christy apportent pourtant des preuves matérielles de l’existence d’un art paléolithique. Lartet devient ainsi l’un des premiers découvreurs de ce que l’on appelle aujourd’hui l’art du Paléolithique récent.
Son interprétation de cet art reste toutefois marquée par les conceptions de son époque. Il considère notamment que les conditions de vie relativement favorables auraient pu permettre le développement des activités artistiques. Si ses explications théoriques apparaissent aujourd’hui limitées, son apport comme découvreur demeure considérable. Ses travaux ont fourni des preuves matérielles permettant de remettre en question l’image traditionnelle d’un homme préhistorique incapable de produire des œuvres artistiques.

La reconnaissance scientifique et la fin de sa carrière
Les dernières années de la vie de Lartet correspondent à une reconnaissance croissante de son travail. En 1865, il participe à la Commission chargée de l’organisation du musée des Antiquités nationales. Il contribue ainsi à la constitution institutionnelle de l’archéologie préhistorique en France. En 1866, il participe également à des recherches à Hallstatt, en Autriche, avec Arthur John Evans et John Lubbock. En 1867, il préside la Commission de l’âge de pierre à l’Exposition universelle de Paris ainsi que le Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistorique. La même année, il est fait officier de la Légion d’honneur et devient président de plusieurs sociétés savantes.
En 1868-1869, Lartet obtient finalement la chaire de paléontologie au Muséum d’histoire naturelle. Cette nomination représente l’aboutissement remarquable d’un parcours commencé en dehors du monde académique. Il n’a cependant pas réellement le temps d’enseigner, car sa santé se dégrade. Il retourne dans le Gers et meurt à Seissan en 1871, à l’âge de 70 ans.
Son œuvre continue néanmoins à être publiée après sa mort. En 1875 paraît, sous le titre Reliquiae aquitanicae, l’ouvrage réalisé avec Henry Christy et édité après le décès de ce dernier. Bien qu’inachevé, cet ouvrage rassemble des observations essentielles sur la géologie, la paléontologie, les industries et l’art préhistoriques du Périgord.
A retenir
Édouard Lartet occupe donc une place fondamentale dans l’histoire de la Préhistoire. Son importance tient autant à ses découvertes qu’à la manière dont il a progressivement construit une nouvelle discipline. Parti d’une formation juridique et devenu scientifique par passion et par autodidaxie, il a contribué à démontrer l’ancienneté de l’Homme, sa coexistence avec des espèces animales disparues et l’existence d’un art paléolithique. Ses recherches ont participé au passage d’une vision mythique ou spéculative des origines humaines à une étude fondée sur les fossiles, les outils, les stratigraphies et les associations de vestiges.
Même si certaines de ses interprétations sont aujourd’hui dépassées, son rôle de pionnier reste essentiel. Lartet a contribué à faire reconnaître la Préhistoire comme un véritable domaine scientifique et a ouvert la voie à la paléontologie humaine moderne. Son parcours, de l’avocat du Gers au professeur de paléontologie du Muséum, témoigne ainsi de la profonde transformation des sciences humaines et naturelles au XIXe siècle.
Sources utilisées
Article disponible sur JSTOR, « Édouard Lartet (1801-1871) et la paléontologie humaine ». JSTOR
Laurent Goulven, « Édouard Lartet (1801-1871) et la paléontologie humaine », Bulletin de la Société préhistorique française, t. 90, n° 1-2, 1993, p. 22-30. Persée
Anna Hantaï, « Lartet, Édouard », Dictionnaire critique des historiens de l’art, INHA. Notice de l’INHA
Musée d’Archéologie nationale, « Édouard Lartet ». Notice du Musée d’Archéologie nationale
L’exposition préhistorique de la Galerie de l’Histoire du travail en 1867. Organisation, réception et impacts https://journals.openedition.org/cel/470
Edouard Lartet (1801-1871) et la paléontologie humaine https://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1993_num_90_1_9578





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