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Gabriel de Mortillet, pionnier de la préhistoire
Gabriel de Mortillet – Exposition « Le préhistorique » au Musée d’Archéologie nationale Saint-Germain-en-Laye (septembre 2021 à janvier 2022)

Né à Meylan dans l’Isère et formé à la géologie à Paris, Gabriel de Mortillet (1821-1898) devient ingénieur hydrologue. Au cours de ses chantiers, l’étude des sols de la Savoie et de l’Italie du nord, dans les années 1850-1860, l’emporte peu à peu vers la paléontologie et la préhistoire, puis vers la protohistoire italienne et européenne. Son rôle aux côtés d’Édouard Lartet pour l’Exposition universelle de 1867, son poste au Musée gallo-romain et son réseau de correspondants lui offrent bientôt une place centrale dans le domaine de l’archéologie.
Sa démarche intellectuelle est fondée sur l’observation de l’objet et l’introduction de celui-ci dans une série. Il vise à établir une chronologie des temps les plus anciens reposant sur la stratigraphie et la classification du matériel archéologique. Mortillet croit en l’existence d’un progrès linéaire et continu de l’homme. En 1883, dans sa publication la plus célèbre, Le Préhistorique, il présente sa chronologie de l’histoire de l’humanité. L’œuvre est didactique: il s’agit d’enseigner une science nouvelle, la préhistoire.
Un homme engagé
Homme de conviction, anticlérical et partisan de la gauche radicale, Gabriel de Mortillet a suscité de nombreuses polémiques, tant politiques que scientifiques. Son engagement pour une société fondée sur la science et la justice sociale dicte ses prises de position sa vie durant, malgré des réactions parfois violentes de ses contemporains dans la presse.
« Le progrès c’est la loi de l’univers, c’est la loi de l’humanité. »
Gabriel de Mortillet – (Revue d’anthropologie, 1875)
Très jeune encore, il s’oppose au pouvoir en place et publie de nombreux textes aux titres évocateurs, comme La Troisième Révolution, Le socialisme à la portée de tous ou La Guillotine contre la peine de mort. Condamné pour délit de presse en 1849, il s’exile en Savoie, en Suisse et en Italie, jusqu’à son amnistie en 1863. De retour en France, sa carrière scientifique se couble d’une carrière politique auprès de la Ville de Saint-Germain, comme conseiller municipal en 1880, puis maire de 1882 à 1888. Député de Seine-et-Oise entre 1885 et 1889, il démissionne de son poste au musée, sans pour autant abandonner son enseignement a l’Ecole dAnthropologie, ses responsabilités auprès des congrès d’archéologie préhistorique, ni ses très nombreux travaux de publication.

Exposition Le préhistorique – MAN – St Germain-en-Laye – Photo Kroko pour Hominides.com
Gabriel de Mortillet et le Musée de Saint-Germain

Portrait de Gabriel de Mortillet
Plâtre teinté – 1899
Musée d’Archéologie nationale, MAN 87128
Photo Neekoo pour Hominides.com
Gabriel de Mortillet est recruté par Alexandre Bertrand en 1866 pour classer les vastes collections du Musée gallo-romain, peu avant l’ouverture du musée au public. Il est nommé au poste d’attaché à la conservation en janvier 1868; dès lors, Mortillet a la charge de la gestion des collections, de la tenue du registre des entrées, de la politique des échanges et de l’intérim du directeur lors de ses absences.
Entre 1866 et 1885, le musée devient pour lui un formidable lieu d’étude, où se consolide sa méthode scientifique fondée sur les séries typologiques. La muséographie, qu’il veut didactique, n’hésite pas à faire appel aux vestiges fauniques, aux moulages et aux arts graphiques. L’enchaînement des salles du musée en cinq périodes distinctes suit la chronologie définie dans Le Préhistorique. En 1869, il rédige le premier catalogue des collections, Promenades au Musée de Saint-Germain, dans lequel il accompagne le visiteur a la découverte des temps les plus anciens.
» C’est du choc des idées que naît la lumière. Je suis donc grand partisan de la discussion, c’est elle qui éclaire la science. » Gabriel de Mortillet
Pour une diffusion plus large encore, Mortillet, qui a rejoint la Commission de Topographie des Gaules en 1868, conçoit les planches d’illustrations du Dictionnaire archéologique de la Gaule. C’est pour lui l’occasion de publier ses classifications à partir des objets et moulages du musée.
Gabriel de Mortillet et le Paléolithique

Photo Kroko pour Hominides.com
Pionnier de l’archéologie préhistorique, Gabriel de Mortillet est connu pour sa classification et sa chronologie du Paléolithique. Au milieu du XIXe siècle, les différentes périodes de la Préhistoire sont définies grâce à la paléontologie, c’est-à-dire l’étude des restes osseux des animaux contemporains des hommes et de leurs industries.
Mais Gabriel de Mortillet préfère se fonder sur les industries elles-mêmes, dont il étudie l’évolution. Son travail de classification et de présentation des collections préhistoriques, dans le cadre des Expositions universelles et du Musée gallo-romain, devenu en 1879 musée des Antiquités nationales, nourrit ses réflexions.
En 1869, il propose pour le Paléolithique la succession de quatre grandes cultures qui tiennent leurs noms des sites archéologiques dans lesquels elles ont été reconnues :
– l’Acheuléen (Saint-Acheul) ,
– le Moustérien (l’abri du Moustier),
– le Solutréen (la Roche de Solutré) et
– le Magdalénien (l’abri de la Madeleine).
Cette chronologie, qui donne une première vision presque complète de la Préhistoire ancienne, est présentée dès 1869 et prévaut pendant près de quarante ans. Soucieux de diffuser les avancées scientifiques vers un large public, Gabriel de Mortillet publie en 1882 et 1883 deux ouvrages de référence intitulés Le Préhistorique et le Musée préhistorique.
« Plus on remonte dans le passé, plus l’industrie humaine se simplifie. » Gabriel de Mortillet – Le préhistorique, antiquité de l’homme, 1883



Gabriel de Mortillet et l’âge du Fer
L’âge du Fer est la dernière période à laquelle Gabriel de Mortillet consacre sa méthode de classification datation. Si le matériel découvert lors des fouilles de Halistatt en Autriche (1846-1863) définit une première phase, le matériel mis au jour sur le site de La Tène en Suisse et celui des fouilles d’Alise-Sainte-Reine (1861-1865) appartiennent à une époque beaucoup plus tardive, proche de la conquête romaine.
Entre ces deux champs chronologiques, Mortillet place le volumineux matériel des fouilles des nécropoles de la Marne, manifestement «gaulois», mais antérieur à l’usage de la monnaie, que révèle le site d’Alésia. Il faut attendre 1871, le Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique de Bologne pour que Mortillet, soulignant la parenté stylistique des fibules trouvées sur le site de Marzabotto avec celles des nécropoles de la Marne, détermine que cette époque gauloise «marnienne» est contemporaine de la période étrusque.
C’est à l’âge du Fer que s’arrête la démarche de Gabriel de Mortillet. La romanisation des Gaules à la fin du ler siècle av. J.C. relève de l’Histoire. Pour lui, le poids de la tradition historique est inconciliable avec l’objectivité nécessaire à la démarche scientifique.
Gabriel de Mortillet, le Néolithique et l’âge du Bronze
Pour Gabriel de Mortillet, la hache en pierre polie ouvre une nouvelle période, le Néolithique. Il note la présence de grandes haches en jadéite, soigneusement polies, dans les dolmens du Morbihan. Inutilisables, ces haches, parfois associées à des anneaux-disques, sont considérées aujourd’hui comme des «objets-signes», destinés à honorer les morts, les ancêtres ou les dieux.
Puis l’usage du bronze témoigne d’un nouveau progres de l’industrie. Épées, haches et bracelets en sont des marqueurs. de l’âge du Bronze.
Mortillet développe une typo-chronologie reposant non seulement sur l’étude formelle des haches en bronze, mais également sur leurs associations. Il propose ainsi cinq types majeurs, définis d’après les modes d’attache de la lame sur le manche, selon un classement encore appliqué : les haches plates, à rebords, à talons, à ailerons et à douille.
De la même manière, la succession typo-chronologique que propose Mortillet pour les bracelets en bronze, est fondée sur leurs associations avec d’autres objets datés «notoirement» de l’âge du Bronze. Le classement ne peut reposer sur la seule étude des formes et des décors, la fabrication des bracelets dans cet alliage se poursuivant bien après la fin de cette période.
Textes issus de l’exposition « Le Préhistorique » au Musée d’Archéologie nationale Saint-Germain-en-Laye (septembre 2021 à janvier 2022)





Jean Guilaine
Chantal Alibert




