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Sapiens en France
Sapiens en France
35 000 ans d’histoire
Boris Valentin
Tallandier
De l’époque de la grotte Chauvet à celle des menhirs de Carnac, voici 35 000 ans d’histoire de France.
Présentation de l’éditeur :
Cette histoire commence avec l’arrivée d’Homo sapiens en Europe, il y a près de 42 000 ans, et s’achève avec les premiers paysans, vers – 7 000. En France, ces femmes et ces hommes nous ont légué de précieux vestiges archéologiques : instruments du quotidien, restes de gibier, habitats miraculeusement préservés et splendides oeuvres d’art. Autant de traces grâce auxquelles ressurgissent des savoir-faire, des façons de vivre et des croyances oubliés.
Nomades pour la plupart, entourés d’une faune foisonnante, ces humains peu nombreux ont dû composer avec d’importantes transformations de leur environnement à la suite de froids sévères ou de réchauffements brutaux. Pourtant, l’essentiel de leur histoire s’est déroulé à un rythme paisible, bien éloigné de celui des sociétés modernes.
L’archéologue Boris Valentin nous emmène à la rencontre de ces premiers Sapiens et nous invite à contempler leurs images : de Chauvet à Lascaux, les parois peintes et gravées témoignent de notre parenté profonde avec ces humains au mode de vie si différent du nôtre. Intégrant les dernières découvertes archéologiques, cet ouvrage éclaire un pan méconnu de notre passé.
Tallandier
384 pages
14,5 x 21,5 cm
A venir, la chronique de Pedro Lima
L ‘auteur du livre « Sapiens en France«
Boris Valentin, professeur à l’université Paris-1, coordonne des recherches sur les gravures rupestres près de Fontainebleau, après avoir dirigé les fouilles d’Étiolles. Il a notamment écrit Le Paléolithique (« Que sais-je ? », 2024) et, avec Jean-Michel Geneste, Si loin, si près. Pour en finir avec la Préhistoire (2019).
Sommaire du livre « Sapiens en France »
Prologue
Introduction
De l’histoire et non des mythes n- Apologie pour l’histoire du Paléolithique récent et du Mésolithique – Histoire paléolithique mondiale de France – Quelle histoire écrire ?
I Trente mille siècles auparavant
De – 3 300 000 à – 42 000
Chapitre I Avant Sapiens, D’autres humanités
De 3 300 000 – 300 000
Chapitre II Sapiens en chemain vers la France
De 300 000 à 42 000
II Sapiens en France
au temps des cavernes ornées
De – 42 000 à – 14 700
Chapitre III Chauvet est l’aube d’une nouvelle ère
De 42 000 à 34 000 : Le Pro aurignacien et l’Aurignacien
Chapitre IV Chronique d’une identitée mouvante
De 34 000 à 26 000 : Le Gravettien
Chapitre V Dans les froids extrèmes
De 26 000 à 23 000 : Le Solutréen
Chapitre VI Autour de Lascaux
De 23 000 à 19 500 : Le Badegoulien et les débuts du Magdalénien
Chapitre VII Essor et rayonnement
De 19 500 à 14 700 : Le Magdalénien
III Intermede en Europe et au-dela
Autour de 14 700
Chapitre VIII Divers trajets en Europe
Chapitre IX Les voies de l’Orient
Chapitre X Aux amériques
Chapitre XI L’Afrique après le Big Dry
Chapitre XII Divers trajets en Europe
IV En France après les grottes ornées
De 14 700 à 11 700
Chapitre XII Le temps des révolutions
De – 14 700 à -12 500 : l’Azilien
Chapitre XIII Art régénéré et techniques
De – 12 500 à -11 300 : Le Laborien et autres traditions
V Avant Carnac, les derniers chausseurs-collecteurs en France
De 11 300 à 7 000
Chapitre XIV Une civilisation du végétal
De – 11 300 à -8 500 : Le Maglemosien, le Beuronien et le Sauveterrien
Chapitre XV La fin d’un monde
De – 8 500 à – 7 000 : Castelnovien, Cardial et autres traditions
CONCLUSION
Enquêtes paléolithiques : terrains et méthodes
Un extrait du livre « Sapiens en France »
Figurines anonymes
Ces femmes de profil, fortement inclinées, aux têtes menues mais aux fesses et aux seins proéminents, font écho à environ cent cinquante autres évocations féminines, principalement des statuettes, mesurant de cinq à quinze centimètres de hauteur lorsqu’elles sont complètes. Celles-ci ont été découvertes depuis les Landes jusqu’au fleuve Don, en Russie, en passant par la Moravie, en République tchèque. Réalisées en pierre dure ou tendre, en ivoire de mammouth et même en argile cuite en Moravie, ces statuettes mettaient l’accent non seulement sur les fesses et les seins, mais aussi sur le ventre, les hanches et le pubis. Cette insistance des sculpteurs a donné lieu à différents degrés d’exagération, culminant dans le jeu de formes exubérantes de la figurine de Lespugue, en Haute-Garonne. En outre, ces représentations sont systématiquement dépourvues de pieds, tandis que leurs jambes sont souvent cagneuses, leurs bras atrophiés ou absents et leurs têtes petites et penchées.
En France et dans la Ligurie italienne voisine, on a découvert une quarantaine de représentations de ce type, parmi lesquelles figurent quelques bas-reliefs sculptés sur de gros blocs de pierre à Laussel, en Dordogne, et surtout des statuettes – dont une quinzaine proviennent du site très récemment fouillé de Renancourt, dans la Somme. Comme leurs homologues des autres régions européennes, leurs faces ne portent généralement aucun détail, et peuvent même être occultées par une chevelure ou une coiffe. Un visage juste esquissé à Renancourt ainsi que celui de Brassempouy, dans les Landes, constituent les seules exceptions. Partout, il est donc manifeste que ces représentations ont été délibérément anonymisées, tandis que leurs créateurs ont, à l’inverse, détaillé un certain nombre de vulves, parfois des nombrils, voire quelques anus. Quant aux deux visages mentionnés, bien qu’ils restent allusifs, ils comportent des narines. Il semble ainsi que, dans la symbolique véhiculée par ces petites sculptures, quelque chose se jouait autour de plusieurs orifices corporels, et pas uniquement de celui lié à la sexualité et l’enfantement. Pour autant, il est indéniable que les rotondités de ces corps – toujours nus en France et à peine parés ailleurs – évoquent la grossesse.
Partant de ce constat, et d’une perception actuelle plus ou moins érotisée de ces images, toutes sortes d’hypothèses ont été formulées quant à la fonction de ces petits objets – parfois utilisés comme pendeloques, peut-être volontairement brisés dans certains cas, et, dans d’autres, réduits à des segments corporels dès leur fabrication. On a proposé d’y reconnaître des divinités, mais rien ne permet de vérifier cette hypothèse. Quant à y lire la preuve d’un prétendu matriarcat, cela paraît plus improbable encore?. Il est bien plus vraisemblable que les femmes du Gravettien aient disposé, avec ces figurines, de talismans ou d’ex-voto. Cependant, leur signification dépassait sans doute le cadre de pratiques strictement individuelles. Leur morphologie renvoie en effet, à quelques variations près, à un stéréotype largement diffusé à travers l’Europe. Cette sorte d’« icône » s’enracinait en outre dans un passé lointain, comme en témoignent la pendeloque aurignacienne d’Hohle Fels et la partie inférieure du corps féminin figurant sur le pendant rocheux de Chauvet, dont j’ai souligné le caractère symbolique puissant. Autrement dit, les figurines féminines gravettiennes s’inscrivaient dans un système de pensée ancien et largement répandu – y compris dans les grottes – tout en assumant probablement des fonctions rituelles autonomes, peut-être liées à la fertilité ou à l’enfantement.
Les archéologues s’accordent depuis longtemps à considérer ces figures féminines des phases moyenne et récente du Gravettien comme un trait culturel puissamment unificateur.
De fait, la large diffusion des idées et pratiques que ce symbole matérialisait a nécessité, de proche en proche, des phénomènes répétés de prosélytisme.



Laurent Carozza, Cyril Marcigny

de François Djindjian (Sous la direction de)









La grande aventure de la Préhistoire














Nicolas Teyssandier

L’enfance de l’humanité
Pedro Lima






