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Sapiens en France
Sapiens en France
De Chauvet à Carnac, voici 35 000 ans d’histoire de France
Boris Valentin
Chronique de Pedro Lima
Tallandier
De l’époque de la grotte Chauvet à celle des menhirs de Carnac, voici 35 000 ans d’histoire de France.
Présentation de l’éditeur :
Cette histoire commence avec l’arrivée d’Homo sapiens en Europe, il y a près de 42 000 ans, et s’achève avec les premiers paysans, vers – 7 000. En France, ces femmes et ces hommes nous ont légué de précieux vestiges archéologiques : instruments du quotidien, restes de gibier, habitats miraculeusement préservés et splendides oeuvres d’art. Autant de traces grâce auxquelles ressurgissent des savoir-faire, des façons de vivre et des croyances oubliés.
Nomades pour la plupart, entourés d’une faune foisonnante, ces humains peu nombreux ont dû composer avec d’importantes transformations de leur environnement à la suite de froids sévères ou de réchauffements brutaux. Pourtant, l’essentiel de leur histoire s’est déroulé à un rythme paisible, bien éloigné de celui des sociétés modernes.
L’archéologue Boris Valentin nous emmène à la rencontre de ces premiers Sapiens et nous invite à contempler leurs images : de Chauvet à Lascaux, les parois peintes et gravées témoignent de notre parenté profonde avec ces humains au mode de vie si différent du nôtre. Intégrant les dernières découvertes archéologiques, cet ouvrage éclaire un pan méconnu de notre passé.
Tallandier
384 pages
14,5 x 21,5 cm
La chronique de Pedro Lima, auteur et journaliste scientifique
Dans un ouvrage en forme de dialogue avec son collègue Jean-Michel Geneste paru en 2019, qui tenait aussi du manifeste (Si loin, si près, Pour en finir avec la Préhistoire), le paléolithicien Boris Valentin battait en brèche la notion même de préhistoire, synonyme de vaste et vague période précédant l’écriture au cours de laquelle les progrès, les évolutions techniques et symboliques ou les différences culturelles entre populations dans l’espace et dans le temps auraient été très limitées.
Il appelait alors de ses vœux l’émergence d’une véritable histoire ancienne des humanités qui ont peuplé la Terre, Homo sapiens et les autres, sans rupture, concernant notre espèce, avec des périodes plus récentes telles que l’Antiquité ou le Moyen Âge, même si les sources disponibles pour la raconter (fossiles, images, outils…) sont moins riches et moins nombreuses au vu du temps écoulé depuis.
Le pari est remarquablement relevé dans ce nouveau livre de Boris Valentin, qui embrasse pas moins de 35 000 ans d’histoire humaine, celle des Homo sapiens depuis leur implantation durable en Europe et sur les territoires de l’actuelle France il y a 42 000 ans au Paléolithique jusqu’à la fin de la dernière période glaciaire il y a 12 000 ans et le Mésolithique… Et même bien au-delà, puisque l’auteur fait remonter cette histoire, dans un premier chapitre dense et concis puis lors d’autres incursions ponctuelles, à – 3,3 millions d’années, bien avant Sapiens et hors d’Eurasie, avec l’émergence africaine des Hominines, puis des Homo… Prenant toujours soin, comme il le fait tout au long de cet ouvrage captivant, de déconstruire idées reçues et stéréotypes sur les ancêtres de la lignée humaine, et sur les premiers représentants de notre espèce (intelligence supposée moindre de nos lointains prédécesseurs, illusion d’un progrès inexorable et linéaire de l’évolution conduisant à notre espèce…).
Au fil des 15 chapitres consacrés à l’histoire de cette France très ancienne jusqu’à son terme (La fin d’un monde, -8 500 à -7 000), une véritable histoire d’avant la France, c’est surtout la grande diversité des habitudes et des usages techniques, symboliques ou alimentaires des populations de chasseurs-collecteurs paléolithiques qui frappe. Les particularismes dans le choix de certains matériaux utilisés pour la confection des outils et des parures, guidés par la disponibilité des ressources locales mais pas toujours (plusieurs centaines de kilomètres parfois parcourus pour trouver un certain type de silex, ou une certaine espèce de coquillage destinée aux parures…) sont mis en lumière, au fil du temps et des territoires occupés, ou les manières différentes de représenter tel ou tel animal gravé (museau du cheval, profil du bison…) sur une plaquette ou peint sur une paroi. Autant de tournants culturels et symboliques bien perceptibles (« précipité d’innovations » à l’Aurignacien, moindre dimension narrative de l’art gravettien, « perfectionnisme technique » durant le bref Solutréen…), même si le cadre économique et social général reste marqué par une grande stabilité pour des sociétés paléolithiques visiblement attachées à la reconduction immuable des modes de vies hérités des ancêtres, associés à autant de mythes… Bien loin, comme le souligne avec justesse l’auteur, d’une forme de fascination pour la nouveauté et de la « course au progrès » dans lesquelles nous évoluons… pour le meilleur et pour le pire.
On navigue ainsi, avec bonheur, d’Aurignacien en Solutréen, de Badégoulien en Magdalénien, du nord au sud et à l’ouest du territoire de la France actuelle, au gré des recherches et découvertes de la communauté scientifique vulgarisées ici par Boris Valentin dans l’écriture claire, précise et d’une grande richesse sémantique à laquelle il nous a habitués (que l’on songe à son remarquable Courbet à Lascaux, une origine du monde préhistorique)… On est émerveillé, à chaque page, par la précision (toujours dans la limite des sources disponibles) de la restitution des modes de vie, allant parfois jusqu’à la sociologie d’un groupe humain comme lorsque les différents éclats de silex taillés, patiemment remontés par les méthodes de la science paléolithique (méthodes d’enquête très bien détaillées) permettent d’identifier des artisans de compétences diverses, répartis en ateliers autour de foyers espacés. La description de l’art de Lascaux, que l’on croyait déjà bien connaître, épate par sa justesse et son analyse poussée dans les moindres détails.
Nul doute que Sapiens en France, 35 000 ans d’histoire mérite de rejoindre les bibliothèques de toutes celles et ceux que fascine cette histoire complexe, à jamais révolue, que cet ouvrage restitue et nous rend perceptible de façon magistrale.
L ‘auteur du livre « Sapiens en France«
Boris Valentin, professeur à l’université Paris-1, coordonne des recherches sur les gravures rupestres près de Fontainebleau, après avoir dirigé les fouilles d’Étiolles. Il a notamment écrit avec Jean-Michel Geneste, Si loin, si près. Pour en finir avec la Préhistoire (2019). Préhistoire, nouvelles frontieres (2023) Le Paléolithique (« Que sais-je ? », 2024) De Courbet à Lascaux (2024) Le défi préhistorique – Recenser l’histoire depuis l’art paléolithique (2025)
Sommaire du livre « Sapiens en France »
Prologue
Introduction
De l’histoire et non des mythes n- Apologie pour l’histoire du Paléolithique récent et du Mésolithique – Histoire paléolithique mondiale de France – Quelle histoire écrire ?
I Trente mille siècles auparavant
De – 3 300 000 à – 42 000
Chapitre I Avant Sapiens, D’autres humanités
De 3 300 000 – 300 000
Chapitre II Sapiens en chemain vers la France
De 300 000 à 42 000
II Sapiens en France
au temps des cavernes ornées
De – 42 000 à – 14 700
Chapitre III Chauvet est l’aube d’une nouvelle ère
De 42 000 à 34 000 : Le Pro aurignacien et l’Aurignacien
Chapitre IV Chronique d’une identitée mouvante
De 34 000 à 26 000 : Le Gravettien
Chapitre V Dans les froids extrèmes
De 26 000 à 23 000 : Le Solutréen
Chapitre VI Autour de Lascaux
De 23 000 à 19 500 : Le Badegoulien et les débuts du Magdalénien
Chapitre VII Essor et rayonnement
De 19 500 à 14 700 : Le Magdalénien
III Intermede en Europe et au-dela
Autour de 14 700
Chapitre VIII Divers trajets en Europe
Chapitre IX Les voies de l’Orient
Chapitre X Aux amériques
Chapitre XI L’Afrique après le Big Dry
Chapitre XII Divers trajets en Europe
IV En France après les grottes ornées
De 14 700 à 11 700
Chapitre XII Le temps des révolutions
De – 14 700 à -12 500 : l’Azilien
Chapitre XIII Art régénéré et techniques
De – 12 500 à -11 300 : Le Laborien et autres traditions
V Avant Carnac, les derniers chausseurs-collecteurs en France
De 11 300 à 7 000
Chapitre XIV Une civilisation du végétal
De – 11 300 à -8 500 : Le Maglemosien, le Beuronien et le Sauveterrien
Chapitre XV La fin d’un monde
De – 8 500 à – 7 000 : Castelnovien, Cardial et autres traditions
CONCLUSION
Enquêtes paléolithiques : terrains et méthodes
Un extrait du livre « Sapiens en France »
Figurines anonymes
Ces femmes de profil, fortement inclinées, aux têtes menues mais aux fesses et aux seins proéminents, font écho à environ cent cinquante autres évocations féminines, principalement des statuettes, mesurant de cinq à quinze centimètres de hauteur lorsqu’elles sont complètes. Celles-ci ont été découvertes depuis les Landes jusqu’au fleuve Don, en Russie, en passant par la Moravie, en République tchèque. Réalisées en pierre dure ou tendre, en ivoire de mammouth et même en argile cuite en Moravie, ces statuettes mettaient l’accent non seulement sur les fesses et les seins, mais aussi sur le ventre, les hanches et le pubis. Cette insistance des sculpteurs a donné lieu à différents degrés d’exagération, culminant dans le jeu de formes exubérantes de la figurine de Lespugue, en Haute-Garonne. En outre, ces représentations sont systématiquement dépourvues de pieds, tandis que leurs jambes sont souvent cagneuses, leurs bras atrophiés ou absents et leurs têtes petites et penchées.
En France et dans la Ligurie italienne voisine, on a découvert une quarantaine de représentations de ce type, parmi lesquelles figurent quelques bas-reliefs sculptés sur de gros blocs de pierre à Laussel, en Dordogne, et surtout des statuettes – dont une quinzaine proviennent du site très récemment fouillé de Renancourt, dans la Somme. Comme leurs homologues des autres régions européennes, leurs faces ne portent généralement aucun détail, et peuvent même être occultées par une chevelure ou une coiffe. Un visage juste esquissé à Renancourt ainsi que celui de Brassempouy, dans les Landes, constituent les seules exceptions. Partout, il est donc manifeste que ces représentations ont été délibérément anonymisées, tandis que leurs créateurs ont, à l’inverse, détaillé un certain nombre de vulves, parfois des nombrils, voire quelques anus. Quant aux deux visages mentionnés, bien qu’ils restent allusifs, ils comportent des narines. Il semble ainsi que, dans la symbolique véhiculée par ces petites sculptures, quelque chose se jouait autour de plusieurs orifices corporels, et pas uniquement de celui lié à la sexualité et l’enfantement. Pour autant, il est indéniable que les rotondités de ces corps – toujours nus en France et à peine parés ailleurs – évoquent la grossesse.
Partant de ce constat, et d’une perception actuelle plus ou moins érotisée de ces images, toutes sortes d’hypothèses ont été formulées quant à la fonction de ces petits objets – parfois utilisés comme pendeloques, peut-être volontairement brisés dans certains cas, et, dans d’autres, réduits à des segments corporels dès leur fabrication. On a proposé d’y reconnaître des divinités, mais rien ne permet de vérifier cette hypothèse. Quant à y lire la preuve d’un prétendu matriarcat, cela paraît plus improbable encore?. Il est bien plus vraisemblable que les femmes du Gravettien aient disposé, avec ces figurines, de talismans ou d’ex-voto. Cependant, leur signification dépassait sans doute le cadre de pratiques strictement individuelles. Leur morphologie renvoie en effet, à quelques variations près, à un stéréotype largement diffusé à travers l’Europe. Cette sorte d’« icône » s’enracinait en outre dans un passé lointain, comme en témoignent la pendeloque aurignacienne d’Hohle Fels et la partie inférieure du corps féminin figurant sur le pendant rocheux de Chauvet, dont j’ai souligné le caractère symbolique puissant. Autrement dit, les figurines féminines gravettiennes s’inscrivaient dans un système de pensée ancien et largement répandu – y compris dans les grottes – tout en assumant probablement des fonctions rituelles autonomes, peut-être liées à la fertilité ou à l’enfantement.
Les archéologues s’accordent depuis longtemps à considérer ces figures féminines des phases moyenne et récente du Gravettien comme un trait culturel puissamment unificateur.
De fait, la large diffusion des idées et pratiques que ce symbole matérialisait a nécessité, de proche en proche, des phénomènes répétés de prosélytisme.



Laurent Carozza, Cyril Marcigny

de François Djindjian (Sous la direction de)









La grande aventure de la Préhistoire














Nicolas Teyssandier

L’enfance de l’humanité
Pedro Lima






