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Une collection de crânes d’ongulés pour Néandertal
Une collection de crânes d’ongulés pour Néandertal
Dans la grotte Des-Cubierta des générations de néandertaliens ont accumulé des crânes de grands herbivores depuis plus de 43 000 ans
Une nouvelle étude la grotte Des-Cubierta.
Une étude archéologique menée en Espagne reconstitue comment et pourquoi les Néandertaliens ont accumulé pendant des générations des crânes de grands animaux (bisons, aurochs, rhinocéros des steppes et grands cervidés) dans la grotte de Des-Cubierta..
Dirigée par Lucía Villaescusa et publiée dans la revue Archaeological and Anthropological Sciences, cette étude s’appuie sur une approche pluridisciplinaire. Elle combine des analyses spatiales, géologiques et taphonomiques afin de reconstituer avec précision les conditions du dépôt de ces crânes sur le site, ainsi que les événements naturels ou anthropiques qui se sont déroulés par la suite.

Une grotte unique à plus de 1000 mètres d’altitude !
La grotte de Des-Cubierta se situe dans le massif de la Guadarrama, une chaîne de montagnes du centre de la péninsule Ibérique appartenant au Système central. Nichée sur le Calvero de la Higuera, à 1 118 m d’altitude, la cavité permettait une surveillance de Néandertal sur les troupeaux qui passaient dans la vallée.
La grotte Des-Cubierta est une cavité étroite, sinueuse et presque horizontale. Elle s’étire sur 87 mètres de longueur et sur une largeur variant de 1,5 à 4,5 mètres.
Elle a été découverte initialement en 2009 et les fouilles s’enchainent depuis 2002.
Dans la couche stratigraphique 2 les archéologues ont découvert plus de 1 000 outils en quartz de type moustérien : enclumes, percuteurs, nucléus, éclats.
La couche 2 a également permis d’exhumer des restes humains : une mâchoire et six dents appartenant à un enfant néandertalien entre 3 et 5 ans, surnommée la « Fille de Lozoya » du nom de la rivière à proximité. Les restes humains ont été daté entre 38 000 et 42 000 ans. Il faut également noter que le sexe de l’enfant n ‘a pas encore été déterminé.
Dans la couche 3, une véritable collection de 35 crânes de mammifères
Au niveau 3 la zone archéologique s’étend sur 2 mètres d’épaisseur et couvre 27 mètres carrés, elle comprend des restes fauniques de grands ongulés (bisons et aurochs, et, en plus faible quantité, cerfs, rhinocéros et chevaux). Des traces de foyers ont également été détectés par les chercheurs. Parmi les 2 265 restes fauniques, 35 crânes se distinguent, tous munis de grands appendices de protection ou de de parade sexuelle (cornes osseuses, bois, cornes kératinisées), certains appartenant à des animaux pesant jusqu’à 1,5 tonnes. Tous les crânes présentent des marques anthropiques de percussion ou de découpe.

Une sorte de « cabinet de curiosités » à plus de 1000 mètres d’altitude ?
Dans l’abri, la présence de nombreux bois de cervidés, de crânes et de traces de foyers à proximité des restes humains pourrait laisser supposer un rituel ou une sépulture, sans que le contexte ne permette de le confirmer. Ces dernières années, la poursuite des fouilles et l’étude du site, ainsi que sa datation, ont permis de mieux comprendre ce qui a pu s’y dérouler.
Il ne s’agit pas d’un abri occasionnel ou d’un lieu d’habitation, mais plutôt d’un lieu que les néandertaliens ont fréquenté de manière répétée pendant une longue période, y déposant des restes très spécifiques.
Fait étonnant, l’accumulation des crânes n’a pas été réalisée en une fois. Les crânes ont été déposés au fur et à mesure des millénaire dans un dépôt qui atteint maintenant environ deux mètres d’épaisseur. Cela montre qu’ils ont été introduits en plusieurs phases. Cette récurrence dans la stratigraphie suggère une pratique persistante sur plusieurs générations, et non un épisode isolé lié à un événement précis.
Un comportement symbolique néandertalien et inexpliqué
L’étude souligne que cette accumulation de crânes ne reposait pas une exploitation dans un but alimentaire. Les animaux n’ont pas été transportés entiers, et aucune autre partie du squelette n’a été accumulée en proportions comparables. Pour les chercheurs, il s’agissait de « la sélection délibérée d’espèces possédant des appendices crâniens dont les carcasses étaient traitées à l’extérieur de la grotte, suivie du dépôt intentionnel des crânes dans cette étroite galerie ». Cette séquence suppose donc une planification préalable et une nette différenciation des zones d’activité.
Le fait que les crânes soient arrivés déjà modifiés renforce l’idée que leur dépôt avait une signification précise. Il ne s’agissait pas simplement de débris de chasse, mais d’artefacts sélectionnés, transportés et placés à un endroit particulier. La répétition de ce schéma sur une longue période témoigne d’une tradition partagée, transmise au sein des groupes néandertaliens qui fréquentaient la région.
Les motivations exactes de l’accumulation de crânes demeurent un mystère. L’étude, prudente, évite toute interprétation spéculative. Elle établit toutefois clairement que cet acte n’était pas directement lié à l’obtention de nourriture. En ce sens, la grotte de Des-Cubierta constitue un exemple probant de comportement de non-subsistance au Paléolithique moyen.
L’étude
Villaescusa, L., Baquedano, E., Martín-Perea, DM
et al. Vers un modèle de formation de l’accumulation symbolique de crânes d’herbivores chez les Néandertaliens : configurations spatiales façonnées par la dynamique des éboulements dans le niveau 3 de la grotte de Des-Cubierta (vallée de Lozoya, Madrid, Espagne).
Archaeol Anthropol Sci 18 , 16 (2026). https://doi.org/10.1007/s12520-025-02382-5
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