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Une préhistoire des femmes
Une préhistoire des femmes
Anne Augereau
Editions La Découverte
Résumé:
Depuis quelques années, les femmes préhistoriques suscitent un intérêt croissant du grand public et des médias, en écho aux débats contemporains sur l’égalité entre les sexes. Pour la préhistoire, l’enjeu est de comprendre quand et comment la domination masculine a pu émerger, et d’identifier d’éventuels moments de bascule dans les relations entre femmes et hommes. Les données archéologiques permettent aujourd’hui d’aborder plusieurs aspects de la vie des individus — unions, maternité, santé, alimentation, activités, statuts ou phénomènes de violence — avec des niveaux de précision variables.
En mobilisant l’ensemble des données disponibles pour une vaste zone allant de l’Atlantique à l’Oural et de l’Arctique à la Méditerranée, cet ouvrage propose un état des connaissances sur les relations entre femmes et hommes du Paléolithique moyen au Néolithique, dans une perspective explicitement centrée sur le genre.
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Si Anne Augereau intitule son ouvrage « La préhistoire des femmes » elle aurait également pu choisir le titre « La Préhistoire des femmes et des hommes« . Car le sujet de ce livre n’est pas limité aux femmes mais plutôt de découvrir depuis quand le patriarcat régit les rapports humains en positionnant la femme en soumission à l’homme.
L’auteure s’appuie sur les nombreuses études dans lesquelles des chercheurs ont pu associer des individus sexués (dont le sexe est déterminé) avec des activités particulières. C’est triplement compliqué. Déterminer le sexe sur un squelette n’est déjà pas évident. Trouver sur les ossements des traces des activités que l’individu avait de son vivant est une autre paire de manches.. Pour finir l’étude d’un outil ou d’une arme permet très rarement de déterminer le sexe de son utilisateur.
A l’inverse des « nouveaux clichés » imaginant les femmes paléolithiques comme des femmes autonomes et libérées (des sortes d’amazones…), Anne Augereau remet le clocher au centre du village et ne s’appuie que sur des faits. Même si cela peut énerver certains féministes il est évident que ce nouvel éclairage va permettre plus de sérénité dans les débats sur le « matriarcat originel » et le féminisme supposé inné des paléolithiques…
Cette méthodologie, basée sur une étude pragmatique des faits, n’est pas forcément la plus parlante car elle peut amener l’archéologue a simplement reconnaitre que l’on ne peut rien déduire… C’est également la méthode la plus scientifique qui soit.
Si pour certain(e)s il faut absolument trouver du féminisme partout dans les gisements paléolithiques ou néolithiques, Anne Augereau rappelle que l’enjeu pour le chercheur consiste à ne pas projeter son propre vécu et ses préoccupations sur des individus qui vivaient il y a plusieurs dizaines de milliers d’années en arrière.
Un livre de référence et de références !
C.R.
416 pages
14,3 x 22,3 cm
Couverture : figure féminine (grotte de Cussac)
L’autrice
Anne AUGEREAU est archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Elle est spécialiste du Néolithique et, en particulier, de technologie lithique, d’archéologie minière, d’archéologie funéraire et d’archéologie du genre. Elle dirigé de nombreuses fouilles archéologiques et travaille sur la division du travail, l’apprentissage et la spécialisation économique et sociale. Elle a publié en 2021 un livre intitulé Femmes néolithiques. Le genre dans les premières sociétés agricoles (CNRS Editions) puis, avec Christophe Darmengeat en 2022 Aux origines du genre et en 2026, Une préhistoire des femmes (La découverte).
Sommaire de « Une préhistoire des femmes«
Introduction. La préhistoire des femmes et le monde contemporain
Préhistoire et politique, une vieille histoire… encore d’actualité –; Féminisme, préhistoire et genre : politique, idéologie ou science ? –; L’archéologie du genre pour sortir des fantasmes ?
Prologue
Positionnement scientifique : des sciences sociales à l’archéologie du genre –; Planter le décor : cadres géographique et chronologique
I. ENFANCES
1. Les tout-petits préhistoriques : tous égaux au berceau ?
Nourrir et porter les bébés –; La mort des nourrissons
2. Socialisation des filles et des garçons
Jouer selon son genre ? –; Apprendre à être une femme ou un homme –; Travailler comme un garçon ou une fille ? –; À la table des filles et des garçons –; Le statut des enfants dans la mort : des adultes miniatures ?
II. MARIAGE ET MATERNITÉ
3. Se marier
Unions néandertaliennes : entre endogamie et mobilité féminine –; Déplacements, contacts et brassage au Paléolithique récent –; Des indices de circulation des femmes au Mésolithique –; Diversité des systèmes de mariage au Néolithique –; La mobilité des femmes durant la préhistoire : fait, tendance ou conjecture ?
4. Être mère
Âge et nombre de grossesses –; Grossesse, accouchement et risques –; Les contraintes de la maternité préhistorique
III. ALIMENTATION ET SANTÉ
5. Femmes, hommes et stratégies alimentaires au Paléolithique
L’alimentation de Néandertal : diversité, flexibilité… et genre ? –; Au Paléolithique récent, une alimentation équilibrée pour toutes et tous ?
6. Variabilité des régimes alimentaires au Mésolithique
Des rivages aux forêts : la mosaïque alimentaire du Mésolithique –; Hommes et femmes du Mésolithique ancien : des différences alimentaires indécelables –; Une différenciation dans l’alimentation des hommes et des femmes à la fin du Mésolithique ?
7. Le grand tournant alimentaire du Néolithique
Agriculture et élevage : des débuts difficiles, en particulier pour les femmes. –; Pénurie et prospérité
IV. TRAVAIL
8. Néandertal : ses bras, ses cuisses et sa troisième main
Biceps néandertaliens et chasse –; Parcourir l’horizon, collecter des végétaux et travailler avec les dents
9. Au Paléolithique récent : l’homme chasseur et la femme collectrice ?
Hommes, femmes et enfants autour du foyer –; Chasse, pêche et autres activités
10. Le Mésolithique : les genres du travail à l’âge d’abondance
Les genres de la chasse au Mésolithique –; La pêche au Mésolithique : mer et rivières, pêcheuses et pêcheurs –; Genre et travail des végétaux au Mésolithique
11. Travaux de femmes, travaux d’hommes : que révèle le Néolithique ?
La moisson et la poterie : variations autour du genre –; Traitement des végétaux, des peaux et des cuirs : une affaire de femmes ? –; Du côté des hommes : travail du bois, boucherie et tir à l’arc –; Des tailleurs et des tailleuses de silex ?
V. VIOLENCES
12. Blessures et traumatismes
Des lésions relativement fréquentes –; Prévalence des blessures chez les femmes et les hommes
13. Les circonstances de la violence préhistorique
Femmes et violences ordinaires au sein de la communauté –; Violences extraordinaires : cannibalisme et conflits armés –; Des champs de bataille aux fosses communes : femmes et violences collectives –; Morts d’accompagnement et sacrifiés : des violences extraordinaires ?
VI. IDENTITÉ SOCIALE
14. Représentations et affichage du genre
Vêtements préhistoriques –; Accessoires et équipements genrés –; Parer les femmes, une pratique plurimillénaire ?
15. Pouvoirs et statuts, richesses et inégalités
Comment aborder la question du pouvoir en préhistoire ? –; Une élite féminine dès le Mésolithique ? –; Richesse et ostentation au Néolithique –; Un leadership féminin à la fin du Néolithique ? –; Femmes chasseuses, guerrières, artistes ? –; Chamanes et prêtresses ?
Conclusion. Être une femme durant la préhistoire
Ce que l’on sait ou ce qui est probable –; Ce qui est possible, mais sans certitude –; Ce que l’on ne sait pas (encore) –; Quid de la domination masculine ?
Annexes
Chronologie simplifiée de la préhistoire en Europe et au Proche-Orient –; Cartes des sites mentionnés
Bibliographie
Index
Remerciements.
Un extrait de « Une préhistoire des femmes »
Des tailleurs et des tailleuses de silex ?
Il est souvent admis, à la suite des écrits de George Murdock et Caterina Provost et d’Alain Testart, que la taille du silex est une activité masculine. Les faits archéologiques sont pourtant plus complexes. En effet, on trouve fréquemment des objets taillés en silex dans les sépultures d’hommes, de femmes et d’enfants, et ce type de dépôt échappe a priori aux critères d’âge et de sexe. Toutefois, les outils lithiques introduits dans les tombes masculines sont différents de ceux des tombes téminines. Dans la culture du Rubané, par exemple, les lames de silex dans les sépultures d’hommes consistent en de grandes pieces, tres régulières, à section trapézoïdale, à bords et nervures parallèles, sans doute débitées par percussion indirecte, c’est-à-dire à l’aide d’un chasse-lame placé entre le bloc de pierre (le nucléus) à débiter et le percuteur. À l’inverse, celles des femmes sont irrégulières, souvent brisées et de dimensions inférieures. En outre, à Vedrovice, en République tchèque, si des pièces en matériaux locaux sont associées aussi bien à des femmes qu’à des hommes, celles taillées en radiolarite de Hongrie se trouvent exclusivement dans certaines tombes masculines. Il en est de même avec une roche rare et d’origine lointaine, l’obsidienne, par exemple à Polgár-Ferenci-hát, où des nucléus sont déposés auprès des hommes. D’autres exemples européens peuvent être évoqués, notamment dans la culture des Sepulcros de Fosa avec les nucléus en silex dit « miel ». La distribution de ces pièces taillées dans les tombes masculines répond ainsi à des critères de rareté ou d’accès à la matière première, et sans doute aussi de savoir-faire investis dans l’obtention de ces objets. Il existe donc, dans les dépôts lithiques, une différence de traitement selon le sexe, qui s’exprime dans le mode de débitage, la matière première, ou encore la morphologie des objets associés aux hommes et aux femmes.
Peut-on envisager que les individus inhumés avec les longues lames régulières, souvent taillées dans des matières premières exogenes, soient eux-mêmes à l’origine de leur fabrication ? Autrement dit, est-il absurde d’imaginer que certaines de ces sépultures soient celles de tailleurs de lames? L’hypothèse, difficile à démontrer, demeure néanmoins plausible et d’autres indices viennent en préciser les contours. Certaines de ces lames standardisées s’inscrivent dans des circuits d’approvisionnement complexes, articulés entre sites producteurs – comme Verlaine près de Liège -, lieux de redistribution et habitats de simples utilisateurs!. En revanche, les outils en silex ordinaire sont façonnés vraisemblablement dans le cadre d’une production domestique. Ces faits, conjugués aux contrastes observés entre les mobiliers masculins et féminins, laissent entrevoir plusieurs catégories de producteurs : jeunes tailleurs encore apprentis et temmes pour la fabrication des outils courants, hommes adultes expérimentés pour la production des lames élaborées – ou pour leur acquisition via des réseaux d’échanges ». Ainsi, la lame régulière apparaît comme un objet sinon précieux, du moins d’acces restreint, dont la fabrication et la circulation supposent un savoir-faire ou des relations particulières. Même si les défunts n’ont peut-être pas taillé eux-mêmes ces lames, leur présence dans la tombe indique clairement qu’elles leur étaient réservées.
Les cultures européennes qui se développent par la suite perpétuent dans leur grande majorité l’association des tombes masculines avec des outils polis – haches et herminettes, masses et coins perforés ou encore tranchets et pics – et des armatures de flèches. C’est le cas dans le Bassin parisien et le Bassin rhénan ainsi que dans les territoires actuels de la République tchèque et de la Slovaquie jusqu’à la fin du Chalcolithique moyen, ou encore en Bulgarie à Varna. Du côté des femmes, ce sont les outils en os (poinçons et spatules) qui sont les plus fréquents. Dans ces contextes, où les études tracéologiques des outillages funéraires et les analyses ostéologiques ne sont pas toujours disponibles, on est bien en peine de définir avec plus de précision la division sexuelle du travail. Peut-on se permettre de généraliser les résultats acquis dans les cultures du Rubané, de Cerny et des Sepulcros de Fosa ? Cela reste délicat, car rien n’indique que partout et de tout temps les choses se soient passées de la même manière. Néanmoins, l’association des hommes néolithiques avec les outils polis et les flèches reste un fait incontestable.
Des ouvrages sur la femme à la préhistoire








Des ouvrages sur la vie quotidienne à la préhistoire





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L’enfance de l’humanité
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