Accueil / Livres et médias / Le jour où je suis devenu archéologue
Le jour où je suis devenu archéologue
Le jour où je suis devenu archéologue
Dominique Garcia
Collection : Jour J
Editions de l'Observatoire
Chronique de Pedro Lima
Présentation de l’éditeur :
« Être archéologue, c’est étudier les diverses traces laissées par d’anciennes communautés humaines afin de mieux comprendre leur histoire et leur organisation, leur environnement et leur mode de vie. À l’archéologie, discipline populaire, sont souvent associés les termes de “passion”, de “fascination”, d’“énigme” ou d’“exotisme”. Mais ce témoignage vise surtout à illustrer ce que cette discipline dit de nous, de notre société contemporaine et des défis que nous devons relever dans les domaines environnementaux, économiques, technologiques, sociaux et politiques.
Pour contribuer à analyser le présent et tenter d’appréhender l’avenir, je vais donc retourner sur mes pas, fréquenter différents terrains de fouille et rouvrir des dossiers scientifiques : pointer les “jours J” et les moments déterminants, et ainsi faire face au passé pour tenter de lire dans d’anciennes traces une histoire en devenir. Du littoral méditerranéen aux sources de la Seine, cette itinérance nous entraînera dans des grottes occupées par les premiers humains, au-dessus d’une épave antique, auprès d’un prince celte, dans les rues d’une ville gauloise et même dans les sous-sol de Notre-Dame de Paris, explorés à la suite du tragique incendie. »
Dominique Garcia
Archéologue, historien, professeur des universités, Dominique Garcia a fouillé et étudié nombre de sites archéologiques en Méditerranée et en France, en particulier celui de Lattes. Il préside l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP).
La chronique par Pedro Lima, journaliste scientifique
De Dominique Garcia, chercheur et universitaire, on connait bien le rôle éminent dans de nombreuses instances de l’archéologie française, en défenseur inlassable de la discipline et vulgarisateur actif de ses résultats, particulièrement en tant que président de l’Inrap, poste qu’il occupe depuis 2014.
C’est toute la valeur de ce livre écrit à la première personne, d’une plume précise, alerte et sensible, que de retracer le parcours de celui qui fut avant tout, et reste encore, un passionné de terrain, depuis celui de son Hérault natale, entre vignes et Cévennes à la découverte de villas romaines lors de ses années de formation (Ah ! le fourgon Renault Trafic siglé du Conseil régional Languedoc-Roussillon…), aux îles grecques et aux sites antiques d’Italie qu’il a eu l’occasion de « faire parler », comme on dit dans le jargon, sans jamais les malmener… Et aussi « son » cher site de Lattes, ou Lattara, au sud de Montpellier, dont il a dirigé l’étude après Michel Py et qui a formé des centaines de jeunes chercheures et chercheurs européens à la rigueur de l’archéologie de terrain, celle-là seule qui permet de conserver une mémoire la plus fidèle possible de ce qui a été, au prix incontournable de sa destruction.
Au détour d’un oppidum, dont il montre l’importance et la fonction, à la croisée de deux Via romana, dont il décrypte le rôle dans les échanges de biens et les déplacements de personnes, l’archéologue se confie aussi sur sa famille, ses parents, ses professeurs, ses espoirs et ses doutes, sans fausse pudeur et toujours avec justesse. Le portrait qui se dégage, celui d’un méridional loin des clichés, attachant et exigeant, vaut autant que ce qu’on apprend de notre passé, antique en particulier. Comme la façon dont, du VIIe au Ve siècle avant notre ère, la rencontre entre Celtes et Méditerranéens et leurs échanges de métaux, de céréales, de vin (Narbonne n’est jamais loin !), d’objets de prestige et de modèles sociaux a produit à la fois un rapide essor urbain et des recompositions politiques profondes sur les rives de la « mer au milieu des terres ».
C’est donc sur les pistes et les chemins d’une archéologie vivante et humaine que nous entraîne Dominique Garcia, revisitant près d’un demi-siècle d’évolution de cette discipline dans une France en profonde mutation, avec en particulier l’avènement de l’archéologie préventive, de la protection du patrimoine et des lois qui lui sont associées.
Se remémorant l’épisode tragique, et fondateur, de l’incendie de Notre-Dame qui constitua selon les mots du regretté anthropologue (également méditerranéen) Daniel Fabre un moment « d’émotion patrimoniale » de grande ampleur, Dominique Garcia interroge et analyse la place de cette science de la compréhension du passé, l’archéologie, plus utile que jamais dans une société qui doute d’elle-même et de son devenir.
Pedro Lima
Sommaire de « Le jour où je suis devenu archéologue »
Une nuit…
- Lire avant d’écrire…
- Entre les rangées de vignes
- Apprentissages…
- Entre Ibères et Ligures
- La Gradiva…
- Méditerranéisation
- Prévenir …….
- L’âme de l’histoire
- Ces morts, toujours humains
- Matière à archéologie ? ….
Face aux crises.
A venir
Extrait 1 de « Le jour où je suis devenu archéologue«
Les populations préromaines – les Gaulois, tout comme les Ligures et les Ibères de la vallée de l’Hérault – n’échappent pas à cette règle : elles sont issues d’une série d’interactions et non d’un lointain et sombre horizon, ou de vagues migratrices massives.
Le plus souvent, ces peuples anciens sont des formations sociales qui ont évolué en fonction de la nature et de la structure des réseaux d’échange continentaux et méditerranéens, de lutilisation de nouveaux produits (dont le vin et l’huile), et des contacts interethniques, voire de l’intégration de nouvelles populations. Pour autant, les récits des auteurs grecs ou latins ne sont pas à négliger, et constituent pour la Gaule un fonds documentaire important, mais qui expose surtout le point de vue des civilisés et des conquérants, sur d«autres ». Cette réalité a souvent été renforcée (et déformé….) par l’usage qu’en ont fait l’archéologie et l’histoire, sciences de la culture et disciplines conjecturales dont le développement est en grande partie lié aux débats idéologiques contemporains. Les Gau-lois, peut-être plus que d’autres, n’ont pas échappé à ce sort et il est toujours surprenant, jour après jour, sinon année après année, de voir ressurgir leur image associée à des événements diplomatiques, politiques ou sociaux.
Extrait 2 de « Le jour où je suis devenu archéologue«
Ce que l’archéologue aujourd’hui fait dire aux restes bio-anthropologiques est effectivement de plus en plus étendu et précis, grâce aux avancées des sciences annexes. Autrefois, l’archéologue faisait reposer son propos sur le type de tombe, sur la disposition du défunt, sur les rituels, sur toutes les informations disponibles après la mort de l’individu. On se limitait à différencier les restes d’un homme de ceux d’une femme, d’un adulte de ceux d’un enfant, etc.
Aujourd’hui, les archéologues et les anthropologues travaillent de concert pour reconstituer la vie d’une personne jusqu’au jour de son décès. Grâce à l’étude des isotopes du strontium, on peut même déterminer sa région de naissance, car des restes révèlent les lieux où elle a vécu. L’étude des os permet de détecter des pathologies l’ayant affectée ; on peut déterminer si lindividu est décédé d’une mort violente. Grâce à T’ADN, on peut retracer des migrations, établir des filiations, identifier des handicaps, etc.
Comme nous l’avons vu dans le cas de Joachim Du Bellay, par exemple, les études médico-légales réalisées par l’université de Toulouse ont identifié une méningite chronique tuberculeuse ayant provoqué la surdité dont on savait qu’il se plaignait. Par ailleurs, on a pu constater que son corps avait été autopsié, ce qui documente également cette période et l’histoire des sciences, avec les premières autop-sies, etc. Récemment, une fouille a été menée dans un petit cimetière du vill siècle, situé à Nîmes, au sein duquel quelques tombes spécifiques ont été mises au jour, toutes orientées et aménagées différemment.
Les corps disposés dans une étroite fosse, placés sur le côté droit, face tournée vers le sud-est, semblent respecter le rite musulman. Des analyses ADN ont révélé que ces personnes étaient originaires d’Afrique du Nord. Nous serions donc en présence d’une communauté musulmane à Nîmes au VIll° siècle, enter-réé dans ce cimetière parmi les autres défunts. Cette découverte illustre parfaitement comment les données spatiales, les pratiques rituelles et les analyses génétiques se combinent pour éclairer l’histoire.











