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Un coquillage aménagé a servi de conque musicale à Marsoulas (12/02/20)

Un coquillage transformé en instrument de musique à Marsoulas
Les magdaléniens ont-ils utilisé et modfifié ce coquillage comme conque musicale il y a 18 000 ans ?

La grotte de Marsoulas
La grotte de Marsoulas, publiée en 1883 par David Eau-Durban, est contrairement aux autres cavités de la région une grotte assez modeste par sa taille (50 mètres de longueur). Les peintures pariétales sont identifiées par Félix Regnault en 1897. A cette époque l'art préhistorique n'est pas reconnu et cette communication passe inaperçu.
C'est lors des fouilles Bégouën-Russel en 1931 qu'un coquillage de la famille des Charonia lampas, a été découvert sous le porche d'entrée. Dans un premier temps, ce coquillage ayant la particularité d'avoir été trouvé très loin de la mer, démontrait la mobilité des préhistoriques. La grotte de Marsoulas étant située à plus de 200 km de de la côte, il avait été probablement échangé ou apporté.
Avec les premières études, le coquillage de 31 centimètres de long avait été classé comme "vase à eau", qui devait servir de "gourde" aux préhistoriques
D'autres artefacts avaient aussi été trouvés, comme un os gravé de bison, des fragments de pigments, des dents ayant servi de parure... Leur positionnement dans la stratigraphie a permis de positionner la cavité dans le temps, au Magdalénien.
La conque de Marsoulas. / Marsoulas seashell conch. © Carole Fritz et al. 2021

Une re-découverte inattendue
Le coquillage était conservé, avec d'autres découvertes de Marsoulas, dans les réserves du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse. C'est lors d'un inventaire que des chercheurs ont manipulé de nouveau ce coquillage.
Carole Fritz, la directrice du Centre de recherche et d’études de l’art préhistorique - Émile Cartaihac (Creap) raconte « J’étais en train d’inventorier les objets retrouvés dans les différentes couches stratigraphiques de la grotte de Marsoulas, afin d’établir une chronologie fine du site, et Guillaume Fleury, le responsable des collections préhistoriques du muséum, m’a dit en me montrant le coquillage : “Tu sais qu’il fait un très joli son ?” La note qu’il en a tirée, grave et puissante, m’a estomaquée : cela ne pouvait être qu’un instrument de musique... Et l’orifice par lequel mon confrère soufflait, au sommet du coquillage, ne devait pas être apparu là par hasard. ». Cette découverte inattendue a enclenché une étude approfondie de l'objet qui vient d'être publiée dans la revue Science advances.

Un coquillage modifié par les Magdaléniens
Plusieurs éléments permettent aux archéologues de montrer que ce coquillage a servi d'instrument à vent et non de contenant pour du liquide.
La pointe du coquillage, appelée apex, a été retirée, alors que c'est l'élément le plus dur et le plus dense de la coquille ! Elle a donc été intentionnellement ôtée afin de pratiquer un trou et pouvoir souffler dans la coquille. La cassure par accident est totalement écartée vue la dureté de cette partie.
Des traces de matière organique, non encore identifiées, ont été trouvées sur les bords de la cassure. Pour les chercheurs, cela pourrait correspondre à une sorte de colle qui aurait maintenu un embout sur le bec de l'instrument. En effet, un embout fiché permet d'éviter les blessures et faciliter le souffle, comme pour un instrument musique à vent.
Grace à la plateforme d'imagerie du Centre national d’études spatiales (Cnes), les scientifiques ont pu réaliser une tomographie de l'intérieur du coquillage. Ils ont ainsi découvert un orifice, pratiqué à l’intérieur de la conque au niveau de la deuxième spire du coquillage. Vu sa position, ce trou été réalisé intentionnellement et pouvait permettre d'introduire une sorte de paille.
Le bord extérieur du pavillon du coquillage a été taillé, afin de le rendre plus étroit.
La coquille présente des traces de pigments rouges (hématite) de la même façon que les peintures de la grotte de Marsoulas sont ponctuées de couleur rouge.

Interventions humaines sur le coquillage : l'apex est retiré (C et D) et le bord du pavillon a été taillé (A)
© Carole Fritz et al. 2021
Orifice (B) à l'intérieur du coquillage (A) et reconstitution de l'embout (F,G,I)
© Carole Fritz et al. 2021

Un aérophone ?
C'est en soufflant dans la coquille que les préhistoriens se sont rendu compte des possibilités sonores de l'objet. Ils ont également fait appel à un joueur professionnel de cor (dont l'utilisation est proche des conques musicales). Les tests réalisés avec le coquillage et l’analyse des fréquences produites ont permis d’identifier trois sons proches des notes do, do dièse, et ré.
Pour Carole Fritz « On sait depuis quelques dizaines d’années que les hommes du Paléolithique avaient une culture musicale. Les plus vieux instruments à vent connus sont des flûtes fabriquées dans des os de vautour et datées de 35 000 ans pour celle d’Isturitz, au Pays Basque, et de 40 000 ans pour celle de Hohle Fels, en Allemagne. Mais aucune conque musicale n’avait encore jamais été retrouvée ».
Un examen approfondi de la conque a permis d’attester qu’elle avait bien été aménagée par les Magdaléniens de Marsoulas pour en faire un aérophone – un instrument de musique à vent.

L'archéologue Emmanuel Kasarherou, (directeur du musée du Quai Branly) a pu constater la ressemblance de ce coquillage avec les conques musicales qui sont présentées dans les collections du musée consacré aux arts premiers. Il a d'ailleurs réalisé une étude comparatives de ces différents aérophones.

Sources
Le blog du Museum
CNRS
Science Advances




 


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Le livre présente un tour d'horizon de plus d'un siècle de recherche sur le site. Richement illustré, il permet de se faire une idée de la finesse des gravures et de la majesté du style des animaux reproduits sur les parois. Les auteurs vont plus loin encore, et cherchent des liens de parenté possibles dans la zone pyrénéenne, jusqu'en Espagne cantabrique, ainsi que vers le Périgord. C'est toute une culture, le Magdalénien, qui s'étale sous nos yeux.
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Le Quercy compte à lui seul 28 grottes ornées (sur 150 sites d'art pariétal paléolithique connus en France) et une quarantaine de sites d'art mobilier. Etudes, photographies et relevés sont le fruit de 40 années de travail de l'auteur. Un travail et un livre énormes !
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