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Chasse à la baleine il y a 5 000 ans sur les côtes brésiliennes
La chasse à la baleine en Amérique du Sud à la préhistoire serait plus ancienne que prévu : 5000 ans en arrière
Sur les côtes brésiliennes la chasse aux grands cétacés pourrait remonter à 1 000 ans de plus qu’on ne le pensait.
La chasse aux grands cétacés pourrait remonter à 1000 ans de plus qu’on ne le pensait. De nouvelles recherches menées par l’ICTA-UAB et le Département de préhistoire de l’UAB révèlent que les communautés du sud du Brésil chassaient de grands cétacés il y a 5 000 ans, soit environ mille ans avant les premières traces documentées provenant des sociétés arctiques et du Pacifique Nord.

(Dessin d’illustration : Patricia del Amo Martín)
La chasse à la baleine depuis 5 000 ans
Publiée dans Nature Communications , l’étude révèle que les groupes de la région de la baie de Babitonga (Santa Catarina), qui ont construit des sambaquis – d’énormes tas de coquillies érigés par les sociétés holocènes le long des côtes brésiliennes – ont développé des techniques spécialisées pour la chasse aux grandes baleines bien avant ce que suggéraient les précédentes recherches archéologiques. Cette nouvelle étude redéfinit le rôle des communautés sud-américaines dans l’émergence d’une culture maritime complexe, car jusqu’à présent, on pensait que les origines de la chasse aux grandes baleines se situaient au sein des sociétés postglaciaires de l’hémisphère Nord, entre 3 500 et 2 500 ans avant notre ère.
Des centaines de restes osseux provenant de sambaquis témoignent d’une chasse active

Menée par Krista Michelle McGrath et André Colonese, chercheurs à l’ICTA-UAB, et réalisée avec une équipe internationale, l’étude a analysé des centaines de restes osseux de cétacés et d’outils en os provenant de sambaquis de la baie de Babitonga, aujourd’hui conservés au Musée archéologique du sambaqui de Joinville, au Brésil. Nombre de ces sites ont disparu, faisant de cette collection un témoignage unique d’une préhistoire qui, autrement, n’aurait pu être reconstituée. L’équipe a combiné la zooarchéologie, l’analyse typologique et des techniques moléculaires de pointe (ZooMS) pour étudier les ossements et objets de cétacés, identifiant des restes de baleines franches australes, de baleines à bosse, de baleines bleues, de rorquals boréaux, de cachalots et de dauphins, dont beaucoup portaient des marques de découpe caractéristiques du dépeçage. De grands harpons en os de baleine, parmi les plus grands jamais découverts en Amérique du Sud, ont également été mis au jour. Leur présence, conjuguée à l’abondance d’ossements de baleine, à leur inclusion dans des contextes funéraires et à la présence d’espèces côtières, témoigne fortement d’une chasse active plutôt que d’une exploitation opportuniste d’animaux échoués.
L’archéologue biomoléculaire Krista McGrath explique « Les données révèlent que ces communautés possédaient les connaissances, les outils et des stratégies spécifiques nécessaires pour chasser les grandes baleines des milliers d’années plus tôt que nous ne le pensions auparavant ».
Cette étude permet de mieux cerner l’aire de répartition des baleines il y a 5 000 ans
Ces résultats apportent également des informations éthologiques jusque là inconnues. L’abondance de restes de baleines à bosse suggère que leur aire de répartition historique s’étendait bien plus au sud que les principales zones de reproduction actuelles au large des côtes brésiliennes. « La récente augmentation des observations dans le sud du Brésil pourrait donc refléter un processus de recolonisation historique, avec des implications pour la conservation. Reconstituer la répartition des baleines avant l’impact de la chasse industrielle est essentiel pour comprendre la dynamique de leur rétablissement », explique la biologiste Marta Jussara Cremer, co-auteure de l’article.
Impact sur l’organisation sociale des groupes humains Sambaqui
Au-delà de la réinterprétation des origines de la chasse à la baleine, cette étude apporte un éclairage nouveau sur les économies, les technologies et les modes de vie des sociétés postglaciaires de la côte atlantique d’Amérique du Sud. Selon le préhistorien André Colonese, principal auteur de l’étude : « Ces recherches ouvrent une perspective inédite sur l’organisation sociale des peuples Sambaqui. C’est un véritable changement de paradigme : nous pouvons désormais considérer ces groupes non seulement comme des pêcheurs et des ramasseurs de coquillages, mais aussi comme des chasseurs de baleines. »
Dione Bandeira, archéologue brésilienne spécialisée depuis une vingtaine d’années dans l’étude des sambaquis, ajoute que « les résultats révèlent une pratique qui a contribué de manière significative à la présence dense et durable de ces sociétés le long de la côte brésilienne ».

Photo Ximena Villagran
Les peuples Sambaqui ont intégré les ressources marines à leurs systèmes culturels et développé une culture maritime sophistiquée, caractérisée par des technologies spécialisées, une coopération collective et des pratiques rituelles liées à la capture de grands animaux marins. Cette histoire autochtone non écrite a survécu grâce aux collections muséales et aux efforts de ceux qui œuvrent à la préservation des sites Sambaqui ayant échappé à l’urbanisation du Brésil au cours des siècles passés.
Ana Paula, directrice du Museu Arqueológico de Sambaqui de Joinville, note que « les collections conservées au Musée archéologique de Sambaqui à Joinville, en particulier la collection Guilherme Tibúrtius, mettent en évidence la richesse et le vaste potentiel d’informations sur les peuples ancestraux qui peuvent encore être explorés en profondeur. »
C.R.
Sources :
Reference: Krista McGrath, Tatiane Andaluzia Kuss da Silveira Montes, Thiago Fossile, Dione da Rocha Bandeira, Fernanda Mara Borba, Marta J. Cremer, Laura van der Sluis, Thomas Higham, Ana Paula Klahold Rosa, Maria Saña, André Carlo Colonese. (2026) Molecular and zooarchaeological identification of 5000 year old whale-bone harpoons in coastal Brazil. Nature Communications. 10.1038/s41467-025-67530-w
– UAB Whale hunting in South America began 5,000 years ago, a millennium earlier than previously thought
– BBC https://www.bbc.com/portuguese/articles/cxegxkr04jvo
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de Denis Vialou







