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Une main griffue peinte à Sulawezi il y a au moins 67 800 ans.
Une main griffue peinte à Sulawezi il y a au moins 67 800 ans.
Une représentation d’une main négative peinte sur l’île indonésienne de Sulawesi est devenue, à ce jour, la plus ancienne peinture pariétale connue au monde. La peinture représente le contour rouge d’une main dont les doigts ont été retravaillés, selon les chercheurs, pour ressembler à des griffes, ce qui témoigne d’un bond précoce dans l’imagination symbolique.

Maxime Aubert

De nombreuses peintures pariétales à Sulawezi
Depuis les dix dernières années, les découvertes d’art parietal de miltiplient à Sulawesi En 2014, des empreintes de mains et des représentations animales datant de plus de 40 000 ans ont été mises au jour à Sulawesi. En 2019 c’est une exceptionnelle et rarissime scène de chasse vieille de 44 000 ans qui s’ajoute au palmarès… puis en 2024 une nouvelle peinture narrative représentant un cochon et des humains, est datée d’au moins 51 200 ans. Ces deux dernières découvertes sont particulièrement étonnantes car elles sont composées d’humains et d’animaux… et ce type de doubles représentations sont exceptionnelles dans l’art pariétal.
La main négative de la grotte de Liang Metanduno
La dernière découverte provient d’une grotte calcaire appelée Liang Metanduno, située sur l’île de Muna, au large du sud-est de Sulawesi. Elle a été recouverte de peintures projetées : un(e) artiste du paléolithique a posé sa main sur la paroi de la grotte, puis il/elle a soufflé ou craché le pigment qu’il avait dans la bouche, de sorte qu’en retirant sa main, un contour négatif est resté sur la roche : une main négative. L’artiste ne s’est pas arrêté là : il a ensuite modifié le bout des doigts pour les affiner et les allonger et leur donner l’apparence de griffes.
Ce type de représentation en forme de griffe est typique de la région de Sulawezi ou les chercheurs ont retrouvé plusieurs griffes rouges sur d’autres iles.
Une datation hors norme
Les chercheurs ont traité un fragment de cette main négative recouvert de fines croûtes de calcite qui, après analyse, se sont révélées avoir un âge minimum de 67 800 ans. Cette représentation est donc, à ce jour, la plus ancienne preuve d’art pariétal daté scientifiquement dans le monde.
À Liang Metanduno, d’autres peintures, beaucoup plus récentes, sont positionnées sur le même panneau – certaines datant d’environ 20 000 ans – Les chercheurs y voient la preuve que cette grotte a été un foyer d’activité artistique pendant au moins 35 000 ans.
Une confirmation d’un art paléolithique précurseur en Indonésie
Pendant longtemps les préhistoriens étaient persuadés que l’art pariétal était une innovation dont les premières traces dataient d’environ 40 000 ans en Europe. Le professeur Adam Brumm de l’université Griffiths en Australie déclare « Quand j’étais à l’université, au milieu des années 90, c’est ce qu’on nous enseignait : l’explosion créative chez l’être humain s’est produite dans une petite partie de l’Europe. Mais aujourd’hui, on observe des caractéristiques du comportement humain moderne, notamment l’art narratif en Indonésie, ce qui rend cet argument eurocentré très difficile à soutenir. »
Homo sapiens en Indonésie, plus rapidement que prévu
Jusqu’à présent, pour les paléoanthropologues et les généticiens l’étude des sites archéologiques et l’ADN montrent que les premiers Homo sapiens ont posé le pied pour la première fois sur le Sahul (plateau continental comprenant, l’Australie, la Nouvelle-Guinée, la Tasmanie) il y a environ 50 000 ans.
Les datations de l’art pariétal, montrent que les Homo sapiens étaient installés à Sulawesi plus de 15 000 ans avant ce que l’on imaginait. Ils produisaient donc un art symbolique il y a au moins 67 800 ans et il devient beaucoup plus probable que les preuves archéologiques controversées concernant la présence d’humains dans le nord de l’Australie il y a environ 65 000 ans soient validées.
Selon Adhi Agus Oktaviana, de l’Agence nationale indonésienne de recherche et d’innovation (BRIN) « Il est très probable que les personnes qui ont réalisé ces peintures à Sulawesi faisaient partie d’une population plus large qui allait ensuite s’étendre dans la région et finalement atteindre l’Australie. »
Le professeur Maxime Aubert (Université Griffiths) conclue à BBC News : « Cela suggère que les humains possédaient cette capacité depuis très longtemps, au moins depuis leur départ d’Afrique, mais probablement avant cela. »
Sources :
Rock art from at least 67,800 years ago in Sulawesi
https://www.nature.com/articles/s41586-025-09968-y
BBC Oldest cave painting of red claw hand could rewrite human creativity timeline
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Emmanuel Anati



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