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Quelle maternité chez Homo erectus ?
Quelle maternité chez Homo erectus ?
Homo erectus fut le premier hominidé dont la stature et le maintien sont vraiement très proche d’Homo sapiens et beaucoup plus imposant que ses prédécesseurs. Cependant, ce corps longiligne et une plus grande stature impliquent également des besoins énergétiques plus importants, notamment pour les femelles gestantes.

Image d’illustration sans réalité scientifique (habillement et pilosité sujets de discussion)
Une ancienne étude de 2002
En 2002, des chercheurs avaient essayé de calculer le coût énergétique de la maternité chez les femelles de l’espèce Homo erectus . Ils avaient conclu que, compte tenu de leur taille, ces femelles préhistoriques auraient eu une dépense énergétique plus élevée que les hominidés plus anciens comme les australopithèques, ou les paranthropes. Les chercheurs avaient calculé que cette hausse pouvait être réduite si les Homo erectus avaient abandonné le cycle de reproduction similaire aux chimpanzés au profit d’un modèle similaire à celui des humains modernes. Ce modèle est caractérisé par une période d’allaitement plus courte et un intervalle rapproché entre les grossesses.
Calendrier de reproduction pour Pan et H. sapiens.
| Gestationa | Allaitement | Cycle | Intervalle entre les naissances | |
| Pan troglodytes | 235 | 1 464 | 314 | 2 013 |
| H. sapiens | 267 | 764 | 83 | 1 114 |
- a Calendrier de reproduction en jours.
- Source: Data from Aiello and Key (2002).
Une nouvelle estimation de la gestation et des cycles chez Homo erectus
La paléoanthropologue Leslie Aiello (University College London), a réexaminé les anciens travaux de 2002 et réalisé une version actualisée de ces calculs, utilisant des méthodes récemment mises au point pour déterminer la dépense énergétique. Connue sous le nom de technique EDM (Eau Doublement Marquée) ; cette méthode consiste à analyser les rapports de deux isotopes différents dans l’eau potable afin de déterminer le taux de respiration d’un organisme. L’étude a été publiée dans l’ American Journal of Human Biology .
En résumé, Aiello conclut que l’étude initiale de 2002 sous-estimait la dépense énergétique totale d’ Homo erectus, mais surestimait en même temps le coût énergétique de la gestation et de la lactation. Toutefois, à partir de nouveaux calculs, la paléoanthropologue constate que la théorie générale, développée par Aiello and Key en 2002, concernant la reproduction d’Homo erectus reste valable.
Coûts de reproduction.
| Gestation (kcal/%TEE) | Allaitement (kcal/%TEE) | Reproduction (kcal/%TEE) | intervalle entre les naissances | Reproduction quotidienne | |
|---|---|---|---|---|---|
| Modèle d’ Aiello et Key ( 2002 ) | |||||
| H. erectus | 121 151/4,6 % | 499 198/18,9 % | 620 349/23,5 % | 1114 | 557 |
| A. afarensis | 69 031/2,2 % | 670 878/21,6 % | 739 909/23,8 % | 2013 | 368 |
| Modèle DLW | |||||
| H. erectus | 66 694/2,8 % | 271 505/11,5 % | 338 198/14,3 % | 1114 | 304 |
| A. afarensis | 34 463/1,2 % | 262 916/9,5 % | 297 379/10,7 % | 2013 | 148 |
- Remarque : Les coûts de reproduction sont calculés à partir des coûts journaliers de gestation et de lactation (figure 2 ), cumulés sur les périodes de gestation et de lactation indiquées dans le tableau 1. Reproduction (kcal) = somme des coûts de gestation et de lactation. %TEE = coûts de reproduction exprimés en pourcentage de la dépense énergétique totale (DET) pour l’intervalle inter-naissances. Reproduction journalière = coût journalier (kcal) de la reproduction, moyenné sur l’intervalle inter-naissances. La présentation de ce tableau est comparable à celle de (Pontzer et al., 2016 , tableau S2). Il est à noter que, selon le modèle d’Aiello et Key, les coûts journaliers de gestation pour A. afarensis et H. ertus représentent 25 % de la DET journalière, mais que le coût total de la gestation ne représente que 2,2 % de la DET totale pour l’intervalle inter-naissances chez A. afarensis et 4,6 % chez H. ertus, d’après le calendrier de reproduction du tableau 1 . Il en va de même pour la lactation, qui représente 39 % de la dépense énergétique totale quotidienne pour A. afarensis , mais 21,6 % de la dépense énergétique totale pour l’intervalle entre les naissances, et 36 % de la dépense énergétique totale quotidienne pour H. erectus , mais 18,9 % de la dépense énergétique totale pour l’intervalle entre les naissances.
Un gestation et une organisation différentes pour les mâles et femelles Homo erectus
Par exemple, ses données actualisées suggèrent que le passage d’un rythme de reproduction semblable à celui des chimpanzés (Pan troglodyte) à un rythme semblable à celui des humains (Homo sapiens) aurait réduit le coût énergétique par nourrisson de 66,6 % à 78,6 %. Autrement dit, les mères Homo erectus sevraient probablement leurs petits plus tôt que les chimpanzés et les autres hominines plus anciens, mais elles avaient peut-être des portées plus fréquentes.
Selon cette nouvelle interprétation il apparaît que les mères Homo erectus devaient probablement s’occuper de plusieurs nourrissons simultanément. De plus, une fois sevrés, ces petits avaient besoin d’aliments solides. Ainsi, Aiello émet l’hypothèse que le passage à un modèle de reproduction plus proche de celui des humains n’aurait pu se faire qu’avec une division économique du travail, où la mère (et ses besoins énergétiques accrus) était soutenue par d’autres individus, tels que des femelles apparentées plus âgées, des mâles et peut-être des enfants plus âgés.
Un impact sur le clan Homo erectus
Ceci révèle un aspect fondamental des communautés d’Homo erectus : elles se nourrissaient de chasse et de cueillette coopératives plutôt que de recherche de nourriture à la manière des grands singes, et tous les membres du clan s’entraidaient pour obtenir des ressources. Parallèlement, Aiello affirme qu’un accès à une alimentation de meilleure qualité était probablement essentiel pour que les mères Homo erectus puissent subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs petits. Pour se nourrir correctement, ces hominidés anciens auraient pu recourir à la cuisson ou à d’autres méthodes de transformation des aliments.
L’auteure de l’étude souligne toutefois que l’on ignore à quel moment précis ces hominines ont adopté un rythme de reproduction plus « moderne », et que les analyses de la morphologie dentaire suggèrent qu’un modèle de croissance et de développement pleinement humain n’est apparu qu’avec Homo sapiens. Toutefois, se fondant sur ses observations, Aiello propose que « la transition était en cours dès les premiers stades de l’évolution du genre Homo et a probablement contribué au succès d’Homo erectus ».
Sources
2026 The Homo erectus Female Revisited
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/ajhb.70091
2002 Energetic Consequences of Being a Homo erectus Female.
Aiello, L. C., and C. Key. 2002. “Energetic Consequences of Being a Homo erectus Female.” American Journal of Human Biology 14, no. 5: 551–565. https://doi.org/10.1002/ajhb.10069.
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Nicolas Teyssandier


L’enfance de l’humanité
Pedro Lima

