Accueil / Accueil – articles / Les sépultures de Göbeklitepe, vieilles de 12 000 ans en Turquie
Les sépultures de Göbeklitepe, vieilles de 12 000 ans en Turquie
Les premières sépultures découvertes à Göbeklitepe, vieilles de 12 000 ans en Turquie
Une étude taphonomique permet une meilleure compréhension sur les centaines d’ossements humains dispersés sur le site néolithique de Göbeklitepe.

Le site de Göbeklitepe, en Turquie, plus ancienne structure mégalithique
Connu depuis les années 60, le site a été découvert en 1994 par l’archéologue allemand Klaus Schmidt. Les fouilles ont commencé l’année d’après, en 1995.
Situé dans les monts Germuș, au sud-est de l’Anatolie, ce site présente des structures mégalithiques monumentales, de forme ronde-ovale et rectangulaire, érigées par des chasseurs-cueilleurs au Néolithique précéramique, entre 9 500 et 8 200 BP. Ces monuments étaient probablement utilisés lors de rituels, vraisemblablement funéraires. Des piliers en forme de T, ornés de sculptures d’animaux sauvages, offrent un aperçu du mode de vie et des croyances des populations de Haute-Mésopotamie il y a environ 12 000 ans. Des sculptures animales ont été mises au jour ainsi que de nombreux fragments d’ossements humains (presque 950). Le site s’étend actuellement sur 9 hectares et les fouilles continuent.
Les premières sépultures de Göbeklitepe
Des archéologues ont découvert les deux premières sépultures intactes à Göbeklitepe, en Turquie, offrant des indications sur les pratiques funéraires au Néolithique dans cette région.
Les sépultures datent du Néolithique précéramique B, entre 8700 et 8000 avant notre ère. C’est la première fois que des ossements humains sont retrouvés dans des tombes et non dispersés sur le site.
Les archéologues ont comparé les ossements des sépultures et ceux retrouvés sur le site parmi les mégalithes. Les études établissent qu’un grand nombre de ces derniers provenaient de sépultures ordinaires situées ailleurs sur le tumulus. C’est probablement un phénomène d’érosion qui a provoqué un glissement des ossements en contrebas, jusqu’aux abords des édifices.

Crédit : J. Gresky, DAI
Une première sépulture, multiple
Une sépulture a été découverte dans une fosse située sous le sol en plâtre d’un bâtiment rectangulaire. Elle contenait les restes trois ou quatre individus : une femme d’au moins 35 ans, un homme entre 20 à 30 ans et une fillette de 14 ans maximum.
Une quatrième personne pourrait également être identifiée par ses ossements.
Les ossements des squelettes n’étaient plus en connexion. Les crânes étaient regroupés dans une partie de la fosse, tandis que les autres ossements formaient des amas séparés. De petits os des mains et des pieds étaient encore présents. Leur présence laisse supposer que des corps entiers, ou des membres entiers, avaient d’abord été déposés dans la tombe avec attention.

Une deuxième sépulture, individuelle
Une seconde sépulture contenait le corps d’une jeune adulte, probablement une femme âgée entre 20 à 30 ans. Le squelette avait été placé sur le côté gauche, en position fléchie, face à l’est. La majeure partie du squelette était restée en place, mais de nombreux os étaient très fragmentés.
Les dépôts calcaires ont joué un rôle majeur dans les dommages. Ces dépôts ont recouvert partiellement des ossements et se sont infiltrés dans leur structure, provoquant des fissures puis des fractures. La pression du sol a également fracturé les os les plus volumineux. L’activité de rongeurs a probablement déplacé certains fragments plus petits.
Ces modifications correspondent étroitement à celles observées sur les 928 fragments d’os humains retrouvés sur le site. Cette correspondance explique la dispersion apparente des fragments sur le site.

(A) Emplacement de la sépulture individuelle dans L09-65, adjacente au bâtiment spécial A, J. Gresky, DAI ; (B) Orthophoto SFM (Structure-from-Motion), juin 2022, B. Waszk, DAI ; (C) Sépulture individuelle fléchie (reconstituée avec des lignes blanches) sur son côté gauche orienté vers l’est, J. Gresky, DAI ; (D) Os du squelette au début des fouilles en 2022, J. Gresky, DAI.
Une vision plus complète des mouvements géologiques sur le site
Ces indices laissent penser que certaines personnes décédées à Göbeklitepe ont bénéficié d’un traitement particulier après leur mort. Cependant, la dispersion des ossements ne correspond pas à l’organisation funéraire initialement imaginée.
Les recherches taphonomiques mettent en lumière un processus différent pour une majorité du site. Les individus étaient inhumés sous les sols des bâtiments situés sur les hauteurs de l’agglomération. À mesure que le tumulus s’élevait, la terre et les débris ont été transportés vers le bas par l’érosion et les glissements de terrain. Les restes humains ont été emportés avec ces dépôts et mêlés à d’autres matériaux à l’intérieur des édifices monumentaux.
Taphonomie : les restes humains ont glissé de leurs sépultures vers les édifices mégalithiques
Ce processus expliquerait la présence d’ossements isolés loin de leurs sépultures d’origine. Il expliquerait également la présence de restes humains d’âges et de sexes différents au même endroit.
Ces découvertes modifient la façon dont les chercheurs perçoivent les restes humains de Göbeklitepe. Les recherches taphonomiques montrent que les ossements dispersés ne témoignent pas nécessairement d’un rite funéraire particulier. Nombre d’entre eux proviennent probablement de sépultures classiques en sous-sol, perturbées ultérieurement par les mouvements du tumulus.
L’étude n’exclut pas d’autres pratiques funéraires. Certains crânes présentent des signes de modifications délibérées, et d’autres sites néolithiques de la région témoignent de pratiques différentes en matière de traitement des restes humains. Des études osseuses complémentaires et une datation directe sont nécessaires pour déterminer la période exacte durant laquelle ces pratiques ont eu lieu à Göbeklitepe.
Sources
Publication: Gresky, J., & Clare, L. (2026). First burials give insights into mortuary rites at Göbeklitepe, Early Neolithic Türkiye. PloS One, 21(9), e0358979. doi:10.1371/journal.pone.0358979
A lire également
2013 L’ADN des hominidés de la Sima de Los Huesos est plus proche des Dénisoviens que de Néandertal
2014 Les fossilles de la Sima de los Huesos clairement néandertaliens
2015 Meurtre à la Sima de los Huesos il y a 430 000 ans ?
2016 Etude ADN nucléaire Homo heidelbergensis La Sima de los Huesos
2016 Tuerie au Néolithique, à Achenheim, il y a 6 000 ans
2022 Vers 9000 ans avant notre ère, la sépulture double de Casseneuil (47)
2023 La sépulture collective de Mentesh Tepe informe sur le rôle des mouvements de population dans la néolithisation.
2024 Des perforations corporelles (piercing) en Turquie au Néolithique
2026 Qafzeh 25 : blessure au visage, cicatrisation et sépulture…
2026 Une étude révèle que les rôles des femmes et des hommes, au néolithique, en Europe, étaient distincts mais pas rigides
2026 Les sépultures de Göbeklitepe, vieilles de 12 000 ans en Turquie






Jean Guilaine

Anne Augereau








Les sciences de l’Homme et la violence collective (XIXe-XXIe siècles)

Alain Beynex

