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« Un univers enchanté » Recension de Romain Pigeaud-Leygnac
Un univers enchanté
Marshall Sahlins, 2025
Une recension de Romain Pigeaud-Leygnac
éditions NRF Gallimard

Présentation de l’éditeur :
Durant la majeure partie de l’histoire et au sein de la plupart des sociétés, la vie humaine a été soumise à des dieux, des puissances ou des esprits, partout présents dans l’expérience quotidienne. En abordant ces sociétés qui évoluent dans un univers enchanté avec les outils et les préjugés de notre propre monde désenchanté, l’anthropologie n’a cessé de les défigurer. Car pour comprendre les conceptions de ces innombrables hommes et femmes, il faut en réalité rompre avec les notions modernes de religion, de croyance, de surnaturel ou de mythe. Ainsi seulement peut-on ouvrir la voie à une « science nouvelle » attentive aux diverses ontologies. Revisite et synthèse de l’histoire de la discipline, tour du monde conduisant des Inuit du cercle arctique aux Dinka d’Afrique de l’Est, en passant par les Araweté d’Amazonie ou les habitants des îles Trobriand, ce texte posthume de Marshall Sahlins met en lumière ce qui est le coeur battant de la recherche à laquelle il a consacré sa vie : une « double illumination », où la compréhension de sociétés différentes est toujours aussi une manière de mieux se connaître.
Marshall Sahlins, 2025, Un univers enchanté. Paris, éditions NRF Gallimard, collection « Bibliothèque des sciences humaines », 256 p.
Avant de disparaître, Marshall Sahlins a fait un dernier cadeau à l’humanité. Cet ouvrage posthume, mis en forme par son fils et ses disciples, présente à grands traits ce qui nous est étranger : l’immanentisme des sociétés non occidentalisées, « la plus grande part de l’humanité ». On nous assez rebattu les oreilles du « désenchantement du monde », source de bien des malheurs et désespoirs. Mais il existe encore des endroits « enchantés », où les groupes humains vivent dans un univers fréquenté par des « métapersonnes », où la distinction naturel/surnaturel « n’a aucun sens », où les humains sont des esprits comme les autres, dépendants d’une « cité cosmique » avec une hiérarchie de dieux surpuissants qu’il vaut mieux ne pas irriter : « leur propre existence dépend d’un ensemble cosmique de pouvoirs métahumains et leur est subordonné ». C’est le paradoxe : des sociétés soi-disant égalitaires vivent sous la dépendance immanente de pouvoir structurés. Marshall Sahlins dénonce notre « déformation transcendentaliste d’une cosmologie immanentiste », qui nous fait analyser l’univers mythique mésopotamien à la lumière d’une théologie judéo-chrétienne et observer avec condescendance les pratiques culturelles des sociétés « autres ». Les humains n’ont pas créé les dieux à leur propre image, dans une perspective transcendante ; ils ont hypostasié les forces naturelles et immanentes par lesquelles ils vivent et meurent, sous la forme de personnes et d’âmes cachées. On referme ce livre avec regret ; et si nous aussi nous pouvions nous « réenchanter » ?
Romain Pigeaud-Leygnac
L’auteur
Marshall Sahlins (1930-2021) était un anthropologue américain majeur, célèbre pour ses contributions fondamentales à l’anthropologie économique et historique. Professeur emblématique à l’Université de Chicago, il a profondément marqué les sciences sociales en redéfinissant notre vision des sociétés traditionnelles. Dans son ouvrage clé Âge de pierre, âge d’abondance (1972), il bouscule les idées reçues en démontrant que les sociétés de chasseurs-cueilleurs ne vivaient pas dans la misère, mais formaient les premières sociétés d’abondance en limitant leurs besoins matériels. Il a également développé une critique féroce du matérialisme occidental et du capitalisme, affirmant que l’économie est avant tout guidée par la culture et non par une rationalité universelle. Plus tard, ses travaux sur le Pacifique, notamment ses débats sur la mort du capitaine Cook, ont illustré comment l’histoire est façonnée par les structures culturelles locales. Intellectuel engagé, il a créé les premiers teach-ins pour protester contre la guerre du Viêt Nam, liant ainsi brillamment recherche académique et militantisme politique jusqu’à la fin de sa vie.
Sommaire de « Un univers enchanté »
SOMMAIRE
Prologue
Remerciements
Introduction. La révolution culturelle mondiale
1. La finitude humaine
2. L’immanence
Rectification des catégories
La visibilité
Les humains sont des esprits
Les relations communautaires entre humains et esprits
3. Métapersonnes
L’animisme
Maîtres des espèces et des espaces
Démons et fantômes : des métahumains antihumains
Esprits gardiens individuels
Les ancêtres
Les dieux : « La Divinité est une »
Phénoménologie de la divinité : entité et qualité
4. La cité cosmique
Hiérarchie dans la cosmologie, égalité dans la société
L’État cosmique
Épilogue
Index des noms










Sous la dir. de M. Lorblanchet, J.-L. Le Quellec, Paul G. Bahn, H.-P. Francfort, B. et G. Delluc

de Jean Clottes et David Lewis-Williams








Les sciences de l’Homme et la violence collective (XIXe-XXIe siècles)

Alain Beynex


