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Neandertal travaillait le bois il y a 45 000 à 62 000 ans
Neandertal travaillait le bois il y a 45 000 à 62 000 ans
Le gisement Abric Romani en Espagne a délivré un très grand nombre d’empreintes d’artefacts en bois. Si la plupart ne sont que des fragments, les chercheurs ont pu reconstituer un grand nombre d’outils et d’armes du Paléolithique attribués à Néandertal il y a 45 – 62 000 ans.
Les restes paléolithiques en bois ne sont pas faciles à retrouver

Les outils en pierre sont majoritaires dans les fouilles archéologiques. En revanche, les matériaux organiques comme le bois sont beaucoup plus rares car ils se décomposent avec le temps subissant les assauts de la pluie, de la chaleur, du froid, du vent mais aussi des insectes des moisissures et des champignons. Il faut donc des conditions exceptionnelles pour conserver des morceaux de bois.
Les exceptionnelles conditions de conservation à l ‘Abric Romaní sont dues à la formation d’une protection : une précipitation de carbonate de calcium recouvrait le bois et, lors de sa décomposition, son empreinte est restée sous la forme d’un moule d’écailles carbonatées. Dans certains cas, ces empreintes sont si précises qu’elles permettent d’observer les caractéristiques histologiques du bois.
A l’Abric Romani on utilisait le bois
La particularité d’Abric Romaní réside dans le fait qu’il permet de suivre la présence de morceaux de bois travaillés sur des milliers d’années et lors des occupations successives du même gisement préhistorique. La séquence, qui couvre les occupations par Néandertal entre environ 62 000 et 45 000 ans avant notre ère, montre que le bois n’était pas une ressource occasionnelle, mais une pratique habituelle de la vie de ces groupes.
Sur le site d’Abric Romaní, l’équipe de chercheurs dirigée par Palmira Saladié de l’Institut catalan de paléoécologie humaine et d’évolution sociale (IPHES-CERCA) a recensé 597 spécimens en bois. Une collection de bois carbonisé a également été mise au jour, apportant des preuves supplémentaires de l’utilisation du bois comme moyen d’entretenir des foyers. A 90% c’est du pin sylvestre ( Pinus sylvestris ) qui constitue tout le bois identifié.
Les morceaux de bois ont été découverts dans 16 couches archéologiques datant d’environ 62 000 à 40 000 ans. Parmi eux 13 sont assurément façonnés par une main humaine.
Deux lances
Deux lances ont été trouvées dans le niveau R. La mieux conservée mesure 2,45 mètres et sa forme correspond à celle d’une lance d’estoc, conçue pour porter atteinte à proximité plutôt que pour être lancée.
De la seconde lance, seul un morceau est reste incrusté dans la roche, brisé en trois fragments et doté d’une pointe très fine. Elle a été découverte parmi des branches et une pomme de pin, ce qui laisse supposer qu’elle a pu être abandonnée après s’être cassée. Dans la même strate, les restes de quatre cerfs ont été mis au jour, dont trois crânes de mâles adultes avec leurs bois encore attachés, gisant dans une zone proche de foyers et de l’une des lances. Les cerfs perdent leurs bois vers la fin de l’hiver ; les auteurs estiment donc probable que les animaux aient été chassés en automne ou en hiver.

Le spécimen complet est présenté au centre de la figure ( D ). Les images de gauche ( A à C ) montrent l’objet sous différents angles lors des fouilles du niveau R. Sur la première image (A), plusieurs crânes de cerfs avec leurs bois sont visibles au premier plan. Les images de droite ( E à G ) montrent des détails des deux extrémités et de la partie centrale de l’objet. Crédit : P. Saladié/IPHES [(A) à (C)].
Une massette / masse d’arme ?
La pièce la plus singulière provient du niveau P. Sculptée d’un seul tenant dans un morceau de bois, elle présente un manche d’environ 16 centimètres de long et une tête de forme triangulaire, plate sur une face, qui s’affine en pointe. Des rainures parallèles à sa surface témoignent d’un travail minutieux de raclage.
Le manche et la tête forment un angle droit aigu, et l’extrémité du manche est légèrement plus épaisse. Dans les collections ethnographiques, ce détail est associé à des objets conçus pour ne pas glisser de la main lorsqu’on les frappe ou qu’on les tire. Pour les chercheurs, tout cela témoigne d’une planification : l’artisan avait la forme finale en tête avant même de travailler le bois. Son utilisation n’est pas assurée selon les chercheurs.

( A ) Photographie de l’artefact tel que conservé in situ. ( B ) Vue en plan de l’objet complet montrant l’emplacement des sections transversales (A à H). ( C ) Sections transversales relevées en différents points de l’artefact et positionnées selon leur altitude ( Z ) par rapport au niveau de référence de fouille. Ces sections illustrent la variation morphologique de la massue sur toute sa longueur, y compris la tête et le manche. Crédit : MD Guillén/IPHES.
Des plateaux ou des pelles ?
Dans les niveaux H et O, quatre morceaux plats d’écorce carbonisée, de forme ovale, mesurant entre 30 et 55 centimètres de long, avec une face supérieure creuse, à mi-chemin entre une assiette et un plateau peu profond, ont été mis au jour. Ils gisaient près de foyers, et plusieurs sont en genévrier, tandis que presque tout le reste, y compris le bois de chauffage, est en pin.
Pour les chercheurs les plateaux de Abric Romani auraient également pu contenir des aliments ou servir de pelle pour ramasser des braises ou des cendres.

( A ) AR89-H-O50-1 ; ( B ) AR89-H-M51-1 ; ( C ) AR90-H-O58-1 ; ( D ) AR10-Oinf-T57-18 in situ. Sur les images du bas, ( E ) AR89-H-O50-1 et ( F ) AR89-H-M51-1 sont présentés en coupe sagittale, avec tous leurs bords. Crédit : MD Guillén/IPHES.
Un reste de « barbecue » ?
Au niveau I, trois bâtons droits (le plus long mesurant 1,70 mètre) reposent sur les restes d’un foyer d’une grande épaisseur, deux d’entre eux étant croisés. Cela suggère un support surélevé, peut-être pour la préparation des aliments au-dessus du feu.
Un reste de structure d’habitation ?
Au niveau N, un poteau de 5,10 mètres de long, est remarquable car il ne conserve aucune branche, ce qui montre un réel travail d’élagage. Il était couché au centre de l’abri, entouré de cinq foyers répartis sur environ 18 mètres carrés. D’autres fouilles suggèrent que cet endroit pouvait servir de zone de repos et de couchage. Avec la paroi du fond et deux formations rocheuses, le poteau aurait constitué le troisième côté d’une structure triangulaire, un brise-vent ou une petite cabane.
Toutefois, les auteurs appellent à la prudence concernant une éventuelle architecture néandertalienne. La découverte d’un seul poteau ne suffit pas à imaginer la construction d’une hutte. Selon eux, l’hypothèse la plus probable est qu’il appartenait à un ensemble de matériaux périssables qui n’ont pas subsisté.

La photographie principale montre l’empreinte complète. Les panneaux ( A ) et ( B ) présentent des détails agrandis de l’élément, où l’on observe l’absence de branches. Cet élément est interprété comme faisant partie d’une structure ressemblant à une hutte. Les branches ont probablement été enlevées intentionnellement. Crédit : G. Campeny/IPHES.
L’article rappelle que l’usure des outils en pierre de Kanjera Sud (Kenya) suggère que le bois était travaillé il y a au moins deux millions d’années, et que des ensembles d’objets en bois travaillé ont été découverts à Gantangqing (Chine), Schöningen, Poggetti Vecchi et Aranbaltza (Bizkaia, au Pays basque espagnol). Selon les auteurs, la plupart de ces ensembles comportent peu de pièces et présentent des formes et des usages assez uniformes. À Abric Romaní, en revanche, on trouve des perches, un possible trépied, des plateaux, des objets pointus, des lances et une massue.
L’équipe indique « Bien que le bois ait été principalement utilisé comme combustible, la conservation des empreintes et des restes carbonisés a révélé son utilisation dans la fabrication d’une grande variété d’objets et d’outils ».
La découverte d’un artefact en forme de masse d’arme et d’autres outils en bois sur le site archéologique ibérique laisse penser qu’ils étaient, au minimum, d’habiles menuisiers.

( A ) Objet à pointe CWI AR93-Ja-O47-27 en pin rouge. L’image montre un moulage en résine polyuréthane réalisé lors de la fouille de l’objet. ( B ) Objet à pointe WI à morphologie arquée AR05-Osup-S47-1. ( C ) Bâton pointu possible AR23-Ra-W52-3 ; (C1) détail de l’extrémité distale du bâton AR23-Ra-W52-3. Crédit : MD GuillénN/IPHES [(A) et (C)] et G. Campeny/IPHES (B).
Sources
Institut Català de Paleoecologia Humana i Evolució Social (IPHES-CERCA)
Palmira Saladié et al., Neanderthal woodworking at Abric Romaní: Insights into the role of wood in a Middle Palaeolithic domestic context. Sci. Adv. 12, eaeh2287(2026). DOI:10.1126/sciadv.aeh2287
Neanderthal Wood Tools Almost Never Survive — A Spanish Cliff Has Preserved Spears, Bowls and a Club With No Known Match
https://www.labrujulaverde.com/en/2026/10/neanderthal-wood-tools-almost-never-survive-a-spanish-cliff-has-preserved-spears-bowls-and-a-club-with-no-known-match/
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Silvana Condemi, Jean-François Mondot













De l’Antiquité à nos jours
François Djindjian
